11 h · en anglais · Zagreb
Ljubljana et le lac de Bled en une journée, sans conduire.
Tiqets · prix relevé le 12-08-2026 · lien affilié
1 913 € par personne sur place pour 14 jours, soit 137 € / jour — en 8 étapes, de Zagreb à Dubrovnik. En passant par Lacs de Plitvice, Zadar, Krka et Šibenik, Split, Hvar, puis Korčula.
Autres durées : 5 jours · une semaine · 10 jours · toutes les étapes de Croatie
Tous les montants de cette page sont par personne et concernent la vie sur place — hébergement, repas, transports, trajets entre étapes, activités. Les billets d'avion ne sont pas compris.
Arrivée à aéroport Zagreb — Franjo-Tuđman (ZAG), retour depuis Dubrovnik — Čilipi (DBV) — cherche un billet multi-destinations plutôt qu'un aller-retour.
Les billets d'avion ne sont pas comptés dans ce budget : ils dépendent de ta date et de ton aéroport de départ.
J1 → J2 · 2 nuits · 184 € par personne
Ville haute autrichienne, marchés et musées inattendus
Une capitale d'Europe centrale, autrichienne d'allure, qui ne ressemble en rien à la côte — et que la plupart des voyageurs sautent. Elle se parcourt à pied, entre une ville haute reliée par le plus court funiculaire du monde et une ville basse de cafés. C'est aussi la porte d'entrée aérienne du pays.
Zagreb ne ressemble en rien à la côte, et c'est exactement pour ça qu'elle mérite l'arrêt que la plupart des voyageurs lui refusent en filant directement de l'aéroport vers la mer. C'est une ville d'Europe centrale, d'allure austro-hongroise, avec ses immeubles ocre, ses parcs alignés en fer à cheval et sa culture de café qui occupe les terrasses toute la journée — la sortie du samedi matin y a même un nom, la špica.
Elle est plate en bas, perchée en haut, et se parcourt entièrement à pied. La ville haute, avec Saint-Marc et son toit de tuiles colorées, se rejoint par un funiculaire qui revendique d'être le plus court du monde en usage public : soixante-six mètres, une minute de trajet, ce qui est plus une curiosité qu'un transport.
Elle a aussi les musées les plus inattendus du pays. Le Musée des relations rompues, né d'objets envoyés par des anonymes après une séparation, est devenu une référence internationale et se visite en une heure. Le cimetière de Mirogoj, avec ses arcades et ses coupoles, est l'un des plus beaux d'Europe et se traverse gratuitement. ⚠️ C'est aussi la porte d'entrée aérienne du pays : y arriver ou en repartir est souvent imposé par les vols, autant en profiter plutôt que de la traverser.
À table
Saint-Marc ne se visite pas comme on l'imagine : l'intérieur, où Ivan Meštrović a laissé un crucifix et une Pietà, reste le plus souvent fermé en dehors des offices, et on repart avec le toit. La place autour n'est pas un décor non plus — le Parlement d'un côté, le siège du gouvernement de l'autre, des policiers en permanence. En octobre 1991, un avion de l'armée fédérale a tiré des roquettes sur ce bâtiment pendant que le gouvernement y siégeait.
La Porte de pierre, à l'autre bout du quartier, est l'endroit le plus étonnant de la ville haute. Sous la voûte du passage, une image de la Vierge qu'un incendie du XVIIIe siècle aurait épargnée est devenue une chapelle : des bancs, des grilles couvertes d'ex-voto en pierre gravée, des cierges, et des gens qui s'arrêtent prier au milieu d'une rue passante.
Deux choses à guetter. Un coup de canon part chaque jour à midi de la tour Lotrščak, sans prévenir, et fait sursauter toute la ville basse. Et les réverbères à gaz du quartier sont encore allumés à la main, un par un, à la tombée du soir. Quant au funiculaire, l'escalier qui le longe monte aussi vite que lui : le prendre est un plaisir de curiosité, pas un gain de temps.
Le musée a commencé en caisses. Les deux artistes n'ont pas ouvert une salle : ils ont fait tourner un conteneur de ville en ville pendant des années, et à chaque étape ils repartaient avec de nouveaux objets confiés par des inconnus. La collection est donc mondiale, et elle continue de grossir — n'importe qui peut envoyer sa pièce et son texte.
Les cartels ne donnent jamais de nom. Une ville, une durée, et le récit tel qu'il a été écrit : c'est cet anonymat qui fait que les gens disent la vérité. Toutes les ruptures ne sont pas amoureuses. Il y a des objets d'exil, de guerre, de deuil, des choses restées d'un côté d'une frontière et jamais récupérées. On rit devant une vitrine et on se tait devant la suivante, sans transition, et c'est ce basculement qui fait l'endroit.
C'est petit, installé dans un palais de la ville haute à deux pas de Saint-Marc, et ça se visite lentement parce que tout se lit. Un cahier attend à la sortie pour qui veut écrire la sienne, et la boutique vend des gommes à effacer les mauvais souvenirs. Y aller quand on a la tête à lire : en fin de journée et au pas de course, il ne reste que des objets banals derrière des vitres.
Le monument, ici, c'est l'enceinte. Hermann Bollé, l'architecte qui reconstruisait au même moment la cathédrale de Zagreb, a dessiné une galerie couverte de plusieurs centaines de mètres : une file d'arcades de brique et de pierre, coiffées de coupoles vertes, que le lierre a fini par recouvrir. Dessous, les caveaux des grandes familles s'alignent comme des chapelles, bronzes et marbres signés. Le terrain était le jardin de Ljudevit Gaj, figure du réveil national croate.
Les tombes racontent le pays plus vite qu'un musée. Celle de Dražen Petrović, le meneur passé en NBA et tué sur une autoroute allemande à vingt-huit ans, reste couverte de fleurs et de maillots des décennies après. Celle de Franjo Tuđman, premier président de la Croatie indépendante, est monumentale et discutée. Stjepan Radić, chef paysan abattu en pleine séance du Parlement à Belgrade, est là aussi.
À la Toussaint, la ville entière monte, les allées disparaissent sous les bougies et l'on n'approche plus qu'à pied dans la foule. Le reste de l'année, on y est à peu près seul. L'entrée est libre et un bus urbain part du parvis de la cathédrale. On s'y tait : c'est un cimetière en service, pas un parc.
Le marché est posé sur une cicatrice. Pour l'ouvrir, la ville a rasé tout un pâté de maisons du ravin qui séparait Gradec et Kaptol, les deux bourgs médiévaux — l'un laïque et fortifié, l'autre celui des chanoines — qui se sont fait la guerre pendant des siècles. La ruelle du Pont sanglant, juste derrière les étals, ne porte pas ce nom pour rien ; le ruisseau qui coulait là est enterré sous les pavés.
Ce qu'on achète ici ne ressemble en rien à la Dalmatie. On est en Europe centrale : crème et fromage frais vendus à la louche dans des seaux, choucroute, courges, champignons, paprika, et l'huile de pépins de courge, épaisse et presque noire, qu'on verse sur les salades. Une kumica de bronze veille en haut de l'escalier, panier au bras.
Les étals se vident tôt : le marché travaille pour les habitants qui font leurs courses avant le bureau, pas pour les visiteurs de l'après-midi. En dessous, la halle couverte garde les fromagers et la poissonnerie, et la place basse est celle des fleurs. Autour, les buffets servent le štrukli et, l'hiver, la soupe de haricots à la saucisse fumée qu'on retrouve dans toute la Croatie du nord.
En option — non compris dans le budget ci-dessus
11 h · en anglais · Zagreb
Ljubljana et le lac de Bled en une journée, sans conduire.
Tiqets · prix relevé le 12-08-2026 · lien affilié
41 € hébergement · 31 € repas · 15 € transport, par jour et par personne · hébergement retenu : Hôtel de la ville basse, 82 € la nuit.
J3 → J4 · 2 nuits · 222 € par personne
Seize lacs en escalier, reliés par des cascades
Seize lacs turquoise en escalier, reliés par des cascades, parcourus sur des pontons de bois sans garde-corps. ⚠️ Le sens de circulation est imposé et le billet se réserve à l'heure, en nombre limité. Les tarifs varient d'un facteur cinq entre janvier et juillet — c'est l'écart le plus fort du catalogue.
Plitvice n'est pas une cascade mais un système : seize lacs disposés en escalier sur huit kilomètres, séparés par des barrages de travertin que la végétation fabrique elle-même en se calcifiant. Ces barrières poussent de quelques millimètres par an, ce qui explique à la fois la couleur turquoise et la fragilité extrême du site — on ne se baigne nulle part, on ne quitte pas les pontons.
⚠️ Ces pontons de bois n'ont pas de garde-corps et le sens de circulation est imposé : on ne fait pas demi-tour, on suit le circuit choisi jusqu'au bout. Les circuits durent de deux à huit heures et combinent marche, bateau électrique sur le grand lac et navette. Le billet se réserve pour une heure d'entrée précise, en nombre limité par créneau, et il faut le prendre à l'avance en été — les créneaux du matin partent en premier.
⚠️ Le prix varie d'un facteur cinq à six selon le mois, l'écart le plus fort de tout le catalogue : le billet de juillet-août n'a rien à voir avec celui de janvier. Décaler d'un mois en juin ou en septembre change à la fois la note et la foule. En hiver, une partie des sentiers ferme et les bateaux ne circulent pas, mais les chutes gelées sont spectaculaires. Le parc est en altitude et il y fait sensiblement plus frais que sur la côte, même en été.
À table
Le billet n'est pas un tarif, c'est une porte. L'entrée se réserve pour un créneau précis, le nombre de places est plafonné, et une fois le quota vendu il n'y a plus rien à faire : ni file d'attente, ni arrangement au guichet, ni passage à pied par un autre côté. En haute saison, cela se joue plusieurs jours à l'avance. Le même parcours coûte aussi plusieurs fois plus cher en plein été qu'en hiver, sans qu'aucune prestation ne change.
Sur place, on suit des itinéraires lettrés, de la boucle courte au tour complet, et l'on ne choisit pas vraiment son sens de marche : les pontons font la largeur d'un homme, parfois sans rambarde, au ras de l'eau, et tout le monde avance dans le même sens. Le bateau électrique qui traverse le grand lac et les navettes panoramiques sont compris dans le billet ; les prendre n'est pas tricher, c'est le circuit.
Le parc a été le premier de Croatie, et la guerre y a commencé. C'est ici, au printemps 1991, qu'est tombé celui qu'on tient pour le premier mort du conflit ; les lacs sont restés occupés jusqu'en 1995, les hôtels servaient de caserne, et il a fallu déminer les abords avant de rouvrir. Rien de tout cela ne figure sur les panneaux.
La grande cascade ne vient pas des lacs. Elle est alimentée par un autre cours d'eau, la Plitvica, qui arrive par le côté et se jette dans le canyon d'un seul trait le long d'une paroi verticale ; les lacs, eux, se vident plus bas, et c'est de leur dernier bassin que part la Korana. Les deux eaux se rejoignent au pied de la chute, là où tout le monde s'arrête.
En remontant des lacs inférieurs, le sentier passe par une grotte percée : on y entre par le bas, dans le noir, et l'on ressort par un trou du plafond, en plein soleil, au-dessus du canyon. C'est un des passages les plus étranges du parc et il est sur le circuit balisé. Le décor a servi aux westerns allemands tirés de Karl May dans les années 1960, ce qui explique les cars entiers de visiteurs venus chercher un paysage vu enfants.
Le fond du canyon se gagne par un long escalier, et il faut le remonter : c'est la seule vraie difficulté physique de la journée. Les dernières marches sont trempées par les embruns et le bois y devient savonneux. Un belvédère, en haut, donne la chute entière pour qui ne veut pas descendre, et c'est de là qu'on la photographie le mieux : d'en bas, elle ne tient pas dans le cadre.
La forêt de Čorkova uvala, au nord du parc, n'a jamais été exploitée. C'est ce qui fait un massif primaire : pas seulement de vieux arbres, mais des troncs morts laissés debout, d'autres pourrissant au sol, des trouées ouvertes par la chute d'un géant, et des hêtres de toutes les générations mêlés au même endroit. On y entre par des sentiers de terre, sans ponton, sans main courante et sans personne.
Le plateau au-dessus des lacs est du calcaire nu : l'eau y disparaît aussitôt tombée et il n'y a pas une source sur les crêtes. Il faut donc monter avec toute son eau. Les sentiers sont balisés à la peinture mais peu entretenus, la signalétique est en croate, le réseau téléphonique lâche par endroits, et sortir du balisage est interdit dans le parc.
L'ours brun est réellement présent, ainsi que le loup et le lynx. Aucun ne cherche la rencontre : le seul vrai risque est de surprendre une femelle suitée en marchant en silence. On fait donc du bruit, on parle, on ne court pas, on ne s'écarte pas du sentier pour photographier, et on ne laisse aucun reste de repas — un ours qui associe l'homme à la nourriture devient un ours qu'on abat.
Rastoke est le même phénomène que Plitvice, à ceci près qu'on y habite. La Slunjčica y rejoint la Korana en se cassant en cascades sur des barrières de calcaire, et le village s'est bâti dessus : les maisons enjambent les bras d'eau, les jardins sont des îlots, et le courant passe littéralement sous les planchers. Chaque famille avait son moulin, alimenté par sa propre chute ; quelques meules tournent encore et on les voit travailler.
Slunj a été en première ligne au début des années 1990. Le village a été vidé, brûlé en partie, et ce qu'on visite aujourd'hui a été relevé maison par maison, souvent par des descendants revenus. C'est aussi pourquoi tout n'est pas ouvert : on marche dans des propriétés privées, et plusieurs jardins se visitent séparément, chacun avec son entrée et son droit d'accès.
Le meilleur point de vue ne coûte rien : depuis le pont et la route qui domine la boucle, on embrasse tout le village posé sur ses cascades. Quelques maisons de meunier louent des chambres au-dessus de l'eau, ce qui évite les hôtels sans grâce des abords du parc. Le bruit de l'eau, en revanche, ne s'arrête jamais — cela plaît ou non.
39 € hébergement · 34 € repas · 15 € transport, par jour et par personne · hébergement retenu : Guesthouse dans un village voisin, 78 € la nuit.
J5 → J6 · 2 nuits · 374 € par personne
Orgue marin, forum romain et le coucher de soleil d'Hitchcock
Une ville romaine devenue vénitienne, sur une presqu'île, avec deux installations contemporaines posées sur le quai : un orgue joué par la houle et un disque solaire qui s'allume la nuit. Hitchcock disait y avoir vu le plus beau coucher de soleil du monde, et la ville ne laisse personne l'oublier.
Zadar a été romaine, puis vénitienne pendant près de quatre siècles, puis bombardée en 1943 et 1944 au point que la vieille ville a dû être largement rebâtie. C'est ce qui explique son aspect inhabituel : un forum romain à ciel ouvert dont les pierres ont servi à construire l'église Saint-Donat posée juste à côté, et des immeubles d'après-guerre entre les monuments.
La ville tient sur une presqu'île étroite, entièrement piétonne, qu'on traverse en dix minutes par la Kalelarga, sa rue principale depuis l'époque romaine. Le port relie les îles de l'archipel, et les Kornati — cent quarante îles quasi désertes classées en parc national — se visitent à la journée en bateau.
Deux installations contemporaines, posées sur le quai à la pointe de la presqu'île, sont devenues l'attraction principale. L'orgue marin est un escalier percé de tuyaux que la houle fait sonner en permanence, jamais deux fois pareil ; le Salut au Soleil est un disque de panneaux solaires qui s'illumine à la nuit tombée. Les deux sont gratuits et se vivent le soir. ⚠️ Hitchcock avait déclaré y avoir vu le plus beau coucher de soleil du monde, et la ville le rappelle partout — le quai est bondé à cette heure-là, il faut arriver en avance pour s'asseoir.
À table
L'orgue marin est un escalier de marbre descendant à la mer, sous lequel sont logés trente-cinq tuyaux de polyéthylène de longueurs et de diamètres différents, accordés sur des intervalles diatoniques. La houle pousse l'air dans les tuyaux et les fait sonner par des évents percés dans les marches : l'instrument n'a ni clavier, ni partition, ni musicien, et ne joue jamais deux fois la même chose.
Il a été conçu par l'architecte Nikola Bašić et achevé en 2005, sur un front de mer que les reconstructions d'après-guerre avaient rendu sans qualité. Le son est grave, continu et irrégulier, et l'on s'assied sur les marches pour l'écouter — c'est un lieu de rassemblement de la ville autant qu'une œuvre.
À côté, le Salut au Soleil est un disque de trois cents panneaux solaires encastrés au ras du quai, qui accumulent l'énergie dans la journée et s'illuminent à la nuit tombée en motifs changeants. ⚠️ Hitchcock avait déclaré avoir vu ici le plus beau coucher de soleil du monde, et la ville le rappelle partout : le quai est bondé à cette heure, et il faut arriver en avance pour s'asseoir sur les marches.
Saint-Donat n'est plus une église. Désaffectée depuis plus de deux siècles, vidée de tout mobilier, elle se visite comme un volume nu : un cylindre de pierre sur deux niveaux, avec une galerie qui en fait le tour à l'étage et une lumière rare. C'est cette nudité qui en fait une salle de concert — l'acoustique y est remarquable et la ville y programme de la musique chaque été.
Sur la place, une colonne romaine est restée debout. Au Moyen Âge, on y attachait les condamnés à l'exposition publique et l'anneau est encore scellé dans la pierre : c'est le pilier de la honte, un morceau de temple antique recyclé en instrument de justice. Le reste du forum est au sol, dallé, avec ses inscriptions latines à hauteur de semelle.
Si le centre paraît troué, avec des immeubles ordinaires collés aux ruines, c'est que Zadar, alors italienne, a été écrasée par les bombardements alliés en 1943 et 1944 : la vieille ville a été détruite en très grande partie et sa population est partie ensuite. Le forum est libre d'accès à toute heure, y compris de nuit où il est éclairé ; entrer dans la rotonde se paie, et le musée archéologique voisin garde ce qu'on a sorti du sol.
La presqu'île se traverse en quelques minutes et empile pourtant tout : une porte de ville vénitienne surmontée du lion ailé, une place bâtie sur une citerne creusée pour tenir un siège, des églises romanes, des pans de forum à ciel ouvert au milieu des terrasses. On dit ici que la Kalelarga est plus vieille que Zadar, ce qui est faux et ne se discute pas.
Au bout, le front de mer est l'œuvre d'un architecte contemporain, et c'est réussi. L'orgue marin est un escalier qui descend dans l'eau : la houle pousse l'air dans des tuyaux noyés sous les marches et le quai se met à souffler des accords, jamais deux fois les mêmes. À côté, un grand disque de verre encastré dans le sol emmagasine le soleil de la journée et s'allume à la nuit. ⚠️ Par mer d'huile, l'orgue est muet — il faut un peu de vague pour l'entendre.
Le maraschino se distille à partir de la marasque entière, noyaux concassés compris : son amertume d'amande vient de là, et d'aucun arôme ajouté. La maison qui l'a fait connaître a quitté Zadar après 1945 pour se réinstaller en Italie ; la production a continué ici sous un autre nom, et les deux se réclament toujours de la même cerise.
Ces îles ont des propriétaires. Presque toute la terre du parc appartient à des familles de Murter, qui y possèdent des parcelles, des oliviers, des moutons et des cabanes depuis des générations et qui traversent encore pour la saison : c'est de la propriété privée sous statut de parc national, situation rare, et elle explique les règles d'accès. Les murets de pierre sèche qui escaladent les crêtes et plongent dans la mer ne sont pas décoratifs — ce sont des limites de troupeaux, montées à la main sur des îles où rien ne pousse.
Il n'y a pas une source dans l'archipel. Les tavernes de fond de baie vivent sur des citernes d'eau de pluie et des groupes électrogènes, n'ouvrent qu'en saison et travaillent souvent en espèces. Rien d'autre : pas de village, pas de route, pas un arbre pour l'ombre.
⚠️ Vérifier ce que couvre la sortie. Beaucoup de bateaux passent l'essentiel de la journée à Telašćica, sur Dugi otok, avec son lac salé : c'est très beau, mais c'est un autre espace protégé, et les deux droits d'entrée se règlent séparément. Demander l'itinéraire avant de réserver. Le vent décide du reste — un jour de bura, la sortie s'annule le matin même.
40 € hébergement · 34 € repas · 17 € transport, par jour et par personne · hébergement retenu : Hôtel près du front de mer, 80 € la nuit.
J7 · 1 nuit · 138 € par personne
Cascades en rideau et une cathédrale sans mortier
Des cascades en rideau qu'on regarde depuis un ponton — ⚠️ la baignade y est interdite depuis 2021, contrairement à ce qu'annoncent encore beaucoup de guides. On entre par Skradin, en bateau compris dans le billet, ou par Lozovac en navette. Šibenik, à vingt minutes, a une cathédrale montée entièrement sans mortier.
Krka est souvent présentée comme la Plitvice où l'on se baigne, et c'est faux depuis 2021 : ⚠️ la baignade au pied des chutes de Skradinski Buk est interdite, alors que beaucoup de guides, de blogs et même d'agences continuent de la promettre. C'est la première chose à savoir avant de choisir cette étape pour ça.
Le parc reste remarquable par la forme de ses chutes : un rideau large étalé sur des paliers successifs, qu'on longe par une boucle de pontons d'environ deux kilomètres, plate et facile. Deux entrées principales : Skradin, d'où un bateau compris dans le billet remonte la rivière en une demi-heure — le plus agréable — et Lozovac, d'où une navette descend directement au site. En basse saison le bateau ne circule pas et il faut marcher.
Šibenik, à vingt minutes, est la ville de l'étape et n'est pas un simple point de chute. Sa cathédrale Saint-Jacques a été montée entièrement en pierre assemblée, sans mortier ni brique, y compris la coupole — une prouesse technique unique en Europe, classée par l'Unesco. Une frise extérieure y aligne soixante-et-onze têtes sculptées de contemporains anonymes du chantier. La forteresse Saint-Michel, au-dessus, sert aujourd'hui de scène de concerts en plein air face à la mer.
À table
Le parc a une histoire électrique. Au pied des chutes, une centrale hydroélectrique a été mise en service en 1895, la même année que celle de Niagara : c'était l'une des toutes premières installations à courant alternatif au monde, et Šibenik a compté parmi les premières villes d'Europe éclairées de cette façon. Le bâtiment est toujours là, en contrebas du sentier, et presque personne ne le regarde.
Avant l'électricité, la force de l'eau servait déjà : une rangée de moulins et de foulons est alignée sur la dernière barrière de travertin, restaurée en village-musée où l'on voit tourner les meules et fouler le drap. C'est la partie ombragée du parcours, et la plus fraîche.
Deux accès, et le choix fait la journée. Depuis Skradin, on entre par un bateau du parc compris dans le billet, mais sa capacité est limitée et l'attente peut être longue au plus fort de l'été. Depuis Lozovac, une navette descend la falaise et l'on remonte par un escalier. Le circuit de pontons se parcourt dans un seul sens, sans retour en arrière possible. Dernier point qui compte : le débit est à son maximum au printemps, quand le billet est au plus bas, et faiblit en fin d'été quand il est au plus haut.
L'exploit est un exploit de tailleur de pierre, pas de maçon. Juraj Dalmatinac a conçu un système de dalles et de nervures qui s'emboîtent par leurs formes, taillées d'avance à terre puis montées comme un assemblage de menuiserie ; la coupole, achevée après sa mort par Nikola Firentinac, obéit au même principe. Le chantier a duré un siècle. L'intérieur est nu, sans chapelle ni décor ajouté : on voit la construction, rien d'autre. Le baptistère, en contrebas, est l'exception — une petite salle voûtée sculptée jusqu'à saturation.
La frise de visages est sur les absides, donc à l'extérieur et à l'arrière : il faut faire le tour du bâtiment par la ruelle, ce que la plupart des visiteurs ne font pas. La tradition locale veut que ce soient les portraits des habitants qui avaient refusé de payer leur part du chantier ; rien ne le prouve, et ce sont de toute façon des visages réels, rides et coiffures comprises.
La coupole a été percée par un obus en 1991, pendant les bombardements de la ville, et il a fallu retrouver la technique pour la refermer. La place devant a servi de décor à une série télévisée, ce qui se remarque surtout aux groupes qui photographient un escalier.
En option — non compris dans le budget ci-dessus
7 h 30 · en anglais · Šibenik
Tiqets · prix relevé le 12-08-2026 · lien affilié
39 € hébergement · 34 € repas · 17 € transport, par jour et par personne · hébergement retenu : Hôtel du port de Šibenik, 78 € la nuit.
J8 → J9 · 2 nuits · 228 € par personne
Une ville entière construite dans un palais romain
Une ville entière installée dans les murs d'un palais romain, encore habitée : les caves de Dioclétien débouchent sur des appartements et des cafés. C'est le port principal du pays, d'où partent tous les ferries vers les îles — ce qui en fait autant un nœud logistique qu'une étape.
Split n'a pas un palais romain dans la ville : la ville est dans le palais. Dioclétien s'y est fait bâtir une résidence de retraite vers l'an 300, et quand la région a été menacée, la population des environs s'est installée à l'intérieur des murs et n'en est jamais repartie. Résultat : des appartements habités dans les fortifications, du linge aux fenêtres antiques, des cafés dans le péristyle.
On circule donc dans un enchevêtrement de ruelles où l'antique, le médiéval et le contemporain sont dans le même mur. Les caves du palais, longtemps comblées par les ordures, ont été dégagées et donnent la meilleure idée du plan d'origine. Le clocher de la cathédrale, ancien mausolée de l'empereur, se monte par un escalier étroit et exposé qui n'est pas pour tout le monde.
⚠️ Split est aussi le nœud logistique du pays : tous les ferries vers les îles centrales en partent, et l'étape s'organise souvent autour des horaires de bateau plutôt que l'inverse. En été les traversées sont nombreuses ; hors saison, elles se réduisent fortement et certaines liaisons deviennent quotidiennes. Prendre un véhicule sur un ferry demande de réserver et d'arriver longtemps à l'avance. Pour se baigner, la colline boisée de Marjan et ses criques sont à vingt minutes à pied du centre.
À table
Le palais se lit par ses portes : quatre entrées nommées d'après des métaux, une rue nord-sud, une rue est-ouest, et au croisement le péristyle, la cour où l'empereur se montrait. Un sphinx de granit noir y est assis, rapporté d'Égypte, et il avait déjà quinze siècles quand on l'a débarqué à Split. La salle ronde à côté, le vestibule, a perdu sa coupole et sert de caisse de résonance : des groupes y chantent la klapa à plusieurs voix, sans micro.
Dioclétien est le seul empereur romain à avoir abdiqué pour prendre sa retraite. On lui prête cette réponse à ceux qui le suppliaient de revenir au pouvoir : s'ils voyaient les choux qu'il a plantés de sa main, ils ne lui demanderaient pas ça.
Les caves doivent leur conservation aux ordures. Pendant des siècles, les habitants du dessus y ont vidé leurs déchets par des trous, colmatant les salles jusqu'aux voûtes ; on ne les a dégagées qu'au XXe siècle. Le grand couloir central, bordé d'échoppes, se traverse librement ; ce sont les salles latérales qui se paient. Une série télévisée y a tourné ses scènes de dragons, ce qui vaut une file. Pour le reste, on est chez des gens : sonnettes, linge aux fenêtres, voisins qui dorment.
À l'intérieur, la frise romaine court toujours sous la coupole avec ses médaillons sculptés : on y reconnaît Dioclétien et son épouse Prisca. On assiste donc à la messe sous le portrait de l'empereur qui a persécuté les chrétiens, dans le bâtiment qu'il s'était fait construire pour y être enterré. Les portes de bois, sculptées au début du XIIIe siècle de vingt-huit panneaux de la vie du Christ, sont d'origine et servent encore. L'autel de saint Anastase est signé Juraj Dalmatinac — le même homme qu'à Šibenik.
Le clocher a l'air médiéval et ne l'est qu'à moitié : jugé ruineux, il a été démonté et remonté pierre à pierre autour de 1900, et beaucoup de ses sculptures anciennes ont disparu dans l'opération. On y monte par un escalier étroit, à claire-voie, avec le vide sous les marches : très exposé, à éviter si l'on craint la hauteur, impossible en portant un enfant.
Le billet couvre en général le baptistère, en face, qui était le temple de Jupiter : un plafond de pierre à caissons, et à la porte un sphinx de granit noir rapporté d'Égypte par Dioclétien. Il n'a plus de tête, comme presque tous les autres — les chrétiens de la ville les ont décapités.
La colline était nue. La pinède qu'on traverse a été plantée à la main à partir de la fin du XIXe siècle par une société d'habitants qui montait la terre et l'eau à dos d'homme, saison après saison : Marjan est un boisement artificiel devenu le poumon de la ville. Un grand incendie a de nouveau ravagé le versant sud dans les années 2010 et les traces sont visibles ; par vent chaud, une cigarette suffit.
Deux choses se manquent facilement. Sur la falaise sud, au-dessus de la mer, l'église Saint-Jérôme est adossée à des cellules d'ermites creusées dans la roche, habitées jusqu'à une époque tardive, au bout d'un sentier étroit. Et à mi-pente, derrière un mur, un cimetière juif installé au XVIe siècle est l'un des plus anciens d'Europe encore en place : la communauté de Split est presque aussi vieille que le palais.
On monte par les escaliers du Varoš, le vieux quartier de pêcheurs aux maisons basses, et la première terrasse arrive vite. Ensuite la crête est longue et sans point d'eau — emporter de quoi boire. Les criques de galets se gagnent par des sentiers raides depuis la route en corniche, et le fond descend tout de suite : ce ne sont pas des plages pour très jeunes enfants.
Ce qui reste de l'amphithéâtre a été détruit exprès. Au XVIIe siècle, les Vénitiens l'ont abattu pour empêcher les Ottomans d'en faire un fort : il n'en subsiste que l'anneau bas, les couloirs et les fosses, à ras de terre dans l'herbe. C'est le seul endroit où l'on saisisse l'échelle de la ville qu'il y avait là.
Le reste est un champ. Des sarcophages ouverts traînent sous les figuiers, des murs d'églises paléochrétiennes affleurent, une route et une voie ferrée coupent l'ensemble. À Manastirine, hors les murs, la basilique funéraire a été bâtie sur la tombe de l'évêque Domnius, celui-là même à qui la cathédrale de Split est dédiée : la ville d'aujourd'hui descend de ce cimetière. Frane Bulić, le prêtre archéologue qui a fouillé Salone toute sa vie, s'y est fait bâtir une maison avec des fragments antiques et repose au milieu des sarcophages.
Il n'y a ni ombre, ni buvette, ni presque de panneaux : sans plan, on marche sans savoir ce qu'on regarde. L'herbe est haute en été et les serpents y sont — chaussures fermées. Un bus urbain de Split y mène, et la forteresse de Klis, plantée au-dessus dans le col, se visite dans la foulée : c'est elle qui commandait la route de l'intérieur.
En option — non compris dans le budget ci-dessus
11 h · en anglais · Split
Excursion à la Grotte bleue de Biševo en une journée, sans conduire. Une visite est déjà au programme de l'étape : cette journée la remplace, elle ne s'y ajoute pas.
Tiqets · prix relevé le 12-08-2026 · lien affilié
44 € hébergement · 38 € repas · 20 € transport, par jour et par personne · hébergement retenu : Hôtel près de la Riva, 88 € la nuit.
J10 → J11 · 2 nuits · 249 € par personne
Lavande, forteresse vénitienne et îlots au large
L'île la plus ensoleillée du pays, connue pour sa lavande et sa vie nocturne, mais dont l'intérieur reste agricole et désert. La ville de Hvar est chère et bruyante en août ; Stari Grad, sur l'autre versant, est l'exact contraire. Les îlots Pakleni, en face, se rejoignent en taxi-bateau pour quelques euros.
Hvar est l'île la plus ensoleillée du pays et vit sur une réputation qui ne concerne en réalité qu'une seule ville. Hvar-ville, autour de son port, est chère, animée jusqu'à tard et saturée en août ; l'intérieur de l'île, à quelques kilomètres, est agricole, sec et pratiquement désert, avec des champs de lavande et des villages de pierre à moitié abandonnés.
Stari Grad, sur l'autre versant, est l'exact contraire de Hvar-ville : c'est la plus vieille ville de Croatie, fondée par les Grecs en 384 avant notre ère, calme et sans vie nocturne. Sa plaine agricole conserve le cadastre grec d'origine, avec ses murets de pierre sèche délimitant les parcelles telles qu'elles ont été tracées il y a vingt-quatre siècles — c'est ce qui lui vaut son classement.
Les deux villes sont reliées par une route qui traverse l'île et par un tunnel étroit ; le choix de l'une ou de l'autre change complètement le séjour, et le prix. ⚠️ Les plages de l'île sont en galets ou en dalles, pas en sable — des chaussures de bain sont utiles. Les îlots Pakleni, juste en face du port de Hvar, se rejoignent en taxi-bateau pour quelques euros et offrent des criques bien plus tranquilles que la ville, avec des liaisons fréquentes jusqu'au soir.
À table
Le nom vient de ses bâtisseurs : des ingénieurs espagnols employés par Venise au XVIe siècle, dans une île qui n'a jamais rien eu d'espagnol. L'ouvrage a servi pour de bon en 1571, quand la flotte ottomane a brûlé la ville et que la population s'est enfermée derrière ces murs. Huit ans plus tard, la foudre est tombée sur la poudrière : l'explosion a éventré une partie de la forteresse et endommagé les maisons en contrebas. Ce qu'on visite est un bâtiment réparé après avoir sauté.
Depuis les remparts, l'archipel en face porte un nom qui trompe tout le monde. Les Pakleni ne sont pas les îles infernales : leur nom vient de la paklina, la résine de pin qu'on faisait bouillir pour calfater les coques. C'est une histoire de goudron, pas de diable.
La montée part de l'arrière de la ville et traverse un jardin d'agaves par un chemin en escalier ; ça grimpe sec et il n'y a aucune ombre en haut. Pour le coucher du soleil, prévoir une lampe pour redescendre : les degrés sont irréguliers, mal éclairés, et tout le monde repart en même temps. Une route rejoint aussi le sommet pour qui ne veut pas grimper.
Hors floraison, il n'y a pas grand-chose à photographier : des rangs taillés ras, gris-vert, des alambics sous des tôles. C'est pourtant la bonne saison pour comprendre le travail : il faut une quantité de fleurs déraisonnable pour remplir une fiole, et les familles distillent par petites charges, souvent dans la cour. Acheter là où l'on distille, pas sur un étal de bord de route : les mélanges venus d'ailleurs sont la règle.
Malo Grablje est le village le plus troublant de l'île. Ses habitants l'ont quitté au milieu du XXe siècle pour Milna, sur la mer, là où passaient la route et l'argent ; les maisons sont restées, sans toit, avec leurs fours et leurs citernes. Une seule famille est revenue ouvrir une auberge dans la demeure de ses grands-parents : on mange dans les murs d'un village mort. Velo Grablje, un peu plus haut, tient encore à quelques feux et fête la lavande chaque été.
Les deux se relient par un chemin muletier bordé de murets qui descend le canyon jusqu'à la mer. Pour passer sur le versant sud, l'ancienne route emprunte un tunnel creusé dans la roche brute, d'une seule voie, sans éclairage ni trottoir : on s'y engage après avoir vérifié que rien n'arrive en face.
De plain-pied, on ne voit que des champs. Le dessin n'apparaît que d'en haut : depuis la route de crête qui domine la plaine, on lit d'un coup le quadrillage — des rectangles réguliers séparés par des murets de pierre sèche, des chemins qui suivent encore les limites tracées au cordeau par les colons, et des tas d'épierrement au milieu des parcelles. Les vignes et les oliviers d'aujourd'hui poussent dans les cases dessinées il y a vingt-quatre siècles.
La ville au bout de la plaine est le port grec lui-même. On y visite le Tvrdalj, la maison forte du poète Petar Hektorović, bâtie au XVIe siècle autour d'un bassin d'eau de mer entouré d'un cloître où nagent des poissons : le propriétaire l'avait conçue pour nourrir et abriter ses voisins pêcheurs en cas de raid, et il a fait graver dans la pierre des sentences sur la mort et l'égalité de tous devant elle.
La plaine se parcourt à vélo, c'est la bonne échelle et le terrain est plat. Il n'y a aucune ombre et presque aucun panneau explicatif. Ce sont des propriétés privées cultivées : on reste sur les chemins, on ne coupe pas à travers les parcelles, et on ne se sert pas dans les rangs.
Le nom des îlots ne signifie pas les îles de l'enfer, malgré la ressemblance avec le mot croate pour enfer : il vient de paklina, la résine de pin qu'on y récoltait pour calfater les coques des bateaux. L'erreur de traduction est répandue jusque dans certains guides.
Une vingtaine d'îlots boisés de pins ferment la baie de Hvar, à quelques minutes du port, avec des criques d'eau très claire et quelques konobas — tavernes traditionnelles — installées au bord de l'eau. Palmižana est le plus aménagé, avec un port de plaisance, un jardin botanique ancien et des restaurants ; Jerolim et Stipanska sont bien plus tranquilles.
Les taxis-bateaux partent en continu de la place du port de Hvar, sans réservation, et l'on paie la traversée à bord ; le dernier retour du soir est à connaître avant de partir. ⚠️ Les plages sont en galets ou en dalles rocheuses, comme partout en Croatie, et des chaussures d'eau sont utiles — les oursins sont présents. Certaines criques sont traditionnellement naturistes, ce qui est signalé sur place.
48 € hébergement · 40 € repas · 20 € transport, par jour et par personne · hébergement retenu : Petit hôtel près du port, 95 € la nuit.
J12 · 1 nuit · 101 € par personne
Une vieille ville en arête de poisson, et du vin blanc
Une petite ville fortifiée bâtie en arête de poisson — les rues côté nord sont droites pour laisser passer la brise, celles du sud courbes pour couper le vent. ⚠️ Marco Polo n'y est probablement pas né : la « maison de Marco Polo » est une reconstitution. L'île produit un vin blanc, le pošip, qu'on ne trouve guère ailleurs.
Korčula est une petite ville fortifiée bâtie sur une presqu'île, et son plan est un objet d'ingénierie : les rues partent d'une épine dorsale centrale comme les arêtes d'un poisson, mais celles du côté nord sont droites pour laisser entrer la brise fraîche, tandis que celles du sud sont courbes pour casser le vent chaud et sec venu du large. Cette disposition date du XIIIᵉ siècle et fonctionne encore.
Tout se fait à pied, en quelques centaines de mètres, et l'on peut monter au clocher de la cathédrale pour comprendre le plan d'un coup d'œil. ⚠️ La « maison de Marco Polo » qu'on visite en ville est une reconstitution, et le lien du navigateur avec l'île est contesté par la plupart des historiens — la ville en fait un argument touristique, mais rien ne l'établit. Le mentionner évite d'y consacrer un billet en croyant voir sa maison natale.
L'île elle-même mérite au moins autant que la ville. Elle est la plus boisée de l'Adriatique et produit deux vins blancs qu'on ne trouve guère ailleurs : le pošip, et le grk de Lumbarda, cultivé sur un sol sableux unique. Lumbarda, à six kilomètres, porte d'ailleurs les seules vraies plages de sable de la région — rareté sur une côte faite de galets et de rochers — et se rejoint à vélo par une route plate.
À table
La ville a écrit ses règles avant beaucoup d'autres. Son statut, adopté au début du XIIIe siècle, est l'un des plus anciens codes de droit conservés d'Europe, et il ne parle pas que de justice : il fixe la coupe des arbres, l'exploitation des carrières, l'usage des citernes. Une communauté de tailleurs de pierre et de charpentiers de marine légiférait sur ses deux ressources, la pierre et le bois, parce qu'elle savait qu'on peut les épuiser.
Le tour des remparts ne se fait plus : une partie a été abattue au XIXe siècle et les tours restantes sont devenues des maisons, des terrasses, un bar où l'on grimpe par une échelle et où les verres montent au bout d'une poulie. La grande porte de terre se gagne par un escalier monumental, seul endroit large de la ville.
Si le séjour tombe en été, chercher la Moreška. C'est une danse d'épées jouée avec des lames de métal par deux camps, le roi noir et le roi blanc, autour d'une jeune fille enlevée : les coups sont réels, les gestes se transmettent de père en fils, et Korčula est le dernier endroit où ce combat dansé se pratique encore là où il est né. Les places partent vite.
Le sable de Lumbarda est une anomalie sur une côte croate faite presque exclusivement de galets et de rochers, et il a une explication géologique directe : le sol y est un sable meuble et non du calcaire karstique. C'est ce même sol qui permet la culture du grk, un cépage blanc que l'on ne trouve nulle part ailleurs au monde et qui pousse exclusivement sur ces quelques hectares.
Le grk a une particularité rare : ses fleurs sont femelles et il ne peut pas s'autoféconder, si bien qu'on doit lui associer un autre cépage dans la même parcelle pour qu'il produise. Les caves du village se visitent et vendent directement.
Vela Pržina est exposée au sud, donc abritée de la bura — le vent du nord-est, froid et violent, qui balaie l'Adriatique par rafales et peut interrompre les liaisons maritimes. ⚠️ Le fond y reste peu profond très loin, ce qui convient aux enfants. Lumbarda est à quelques kilomètres de la vieille ville de Korčula et se rejoint à vélo sur une route plate, ou en bus en saison.
41 € hébergement · 36 € repas · 18 € transport, par jour et par personne · hébergement retenu : Petit hôtel dans les murs, 82 € la nuit.
J13 → J14 · 2 nuits · 321 € par personne
Deux kilomètres de remparts au-dessus de l'Adriatique
Deux kilomètres de remparts au-dessus de l'Adriatique, autour d'une vieille ville en marbre entièrement piétonne. ⚠️ Les paquebots de croisière décident du niveau de foule : entre 10 h et 16 h, le Stradun est un couloir. Le tour des remparts se fait au lever du jour ou en fin d'après-midi, jamais en plein midi — il n'y a aucune ombre.
Dubrovnik est une ville fermée : deux kilomètres de remparts épais entourent une vieille ville de marbre entièrement piétonne, où l'on entre par trois portes seulement. Elle a été une république marchande indépendante pendant plus de quatre siècles, ce qui explique sa richesse architecturale et son absence de château seigneurial — elle se gouvernait elle-même.
⚠️ Ce sont les paquebots de croisière qui décident du niveau de foule, pas la saison au sens large. Entre dix et seize heures, les jours où plusieurs navires accostent, le Stradun devient un couloir où l'on avance au pas et les remparts sont saturés. Tôt le matin, dès l'ouverture, ou après dix-sept heures, la ville est une autre. Le calendrier des escales est public et se consulte avant de fixer sa journée.
⚠️ Le tour des remparts prend une heure et demie à deux heures et n'a strictement aucune ombre. En plein été, à midi, sur de la pierre blanche réverbérante, c'est éprouvant et parfois dangereux pour les personnes fragiles. Il se fait au lever du jour ou en fin d'après-midi, avec de l'eau. Le sens de circulation est imposé et il n'y a pas de sortie intermédiaire sur une partie du parcours. L'île de Lokrum, à quinze minutes de bateau, offre l'ombre et la baignade que la ville n'a pas.
À table
Le vrai spectacle est en dessous : les toits. Depuis le chemin de ronde, on voit d'un coup quelles tuiles sont neuves — orange vif, uniformes — et lesquelles ont survécu : rose délavé, irrégulières, tachées de lichen. Les premières couvrent les maisons brûlées pendant le siège de 1991 et 1992, quand la ville a été bombardée depuis les hauteurs. Une carte des impacts est affichée en bas ; d'en haut, on les compte soi-même.
Ces murs n'ont jamais été pris d'assaut, et c'est tout le sujet : la République de Raguse a survécu en payant tribut aux Ottomans, en achetant des traités et en renseignant tout le monde sur tout le monde. Les remparts servaient à décourager, pas à combattre. Le fort Lovrijenac, planté sur son rocher hors les murs, porte au-dessus de sa porte la devise que la ville se répétait : la liberté ne se vend pas pour tout l'or du monde.
Le tour se fait dans un seul sens et les sorties intermédiaires sont rares : une fois engagé, on va au bout. Le billet inclut Lovrijenac le même jour et beaucoup l'oublient. Monter dès l'ouverture, avec de l'eau : il n'y a pas un mètre d'ombre, les marches sont hautes et inégales, et la pierre renvoie la chaleur tout l'après-midi.
Le téléphérique monte en quelques minutes au sommet du mont Srđ, à un peu plus de quatre cents mètres au-dessus de Dubrovnik, et donne la seule vue en plan sur la vieille ville : on voit d'un coup le tracé des remparts, la trame des rues et la mer avec les îles Élaphites derrière.
L'installation d'origine, ouverte dans les années 1960, a été détruite pendant le siège de 1991-1992 et n'a été reconstruite qu'en 2010. C'est le point central de l'histoire du lieu : le fort impérial du sommet, bâti sous Napoléon, a été tenu par une poignée de défenseurs croates pendant tout le siège, sa chute ayant entraîné celle de la ville.
Il abrite aujourd'hui un musée consacré à la guerre d'indépendance, avec photographies, armes et témoignages. ⚠️ La visite change le regard sur les toits de la vieille ville : leur uniformité de tuiles vives s'explique par le fait qu'ils ont été refaits en bloc après les bombardements, qui ont touché une majorité des bâtiments du centre historique. On monte aussi à pied par un sentier en lacets — une heure de montée sans ombre, à éviter en milieu de journée.
La rue principale est un bras de mer comblé. Raguse s'est formée sur un îlot rocheux face à un village de la côte ; le chenal qui les séparait a été remblayé au Moyen Âge, les deux moitiés se sont soudées, et la rue suit le tracé de l'eau disparue — d'où sa rectitude, unique dans une ville où tout le reste monte en escaliers.
L'uniformité des façades vient d'une catastrophe. En 1667, un séisme a jeté la ville à terre et tué des milliers d'habitants ; la reconstruction a été réglementée jusqu'au détail, mêmes hauteurs, mêmes fenêtres, et cette porte de boutique surmontée d'un guichet en arc, répétée sur toute la longueur. La ville qu'on croit médiévale est un plan d'urbanisme du XVIIe siècle derrière des murs médiévaux.
Deux détails disent cette république marchande : son plus haut magistrat était élu pour un mois et ne pouvait pas quitter le palais pendant sa charge, et l'inscription au-dessus de la porte lui ordonnait d'oublier ses affaires privées. C'est aussi ici qu'est née la quarantaine, imposée dès le XIVe siècle aux voyageurs venus de zones contaminées. L'escalier baroque qui monte aux jésuites a servi à une scène de série connue : il est occupé du matin au soir.
Le sel a payé les murailles. Raguse a acheté la presqu'île au XIVe siècle pour son sel, denrée alors stratégique, et a bâti des kilomètres de rempart autour d'une industrie, pas d'une ville. Les bassins fonctionnent toujours et la récolte se fait encore à la main, à la raclette de bois, en plein été.
Les huîtres poussent juste à côté, dans la baie de Mali Ston, là où des sources d'eau douce sortent au fond de la mer : c'est ce mélange qui fait leur goût. Ce sont des plates européennes, élevées sur cordes, qu'on ouvre au bord du ponton et qu'on mange avec un peu de citron, rien d'autre. Leur fête tombe à la Saint-Joseph, en mars, quand elles sont pleines et qu'il n'y a personne.
L'autre richesse est sur le versant sud. Les vignes de Dingač tiennent sur une pente si raide qu'on y montait à dos d'âne ; les vignerons ont percé la crête d'un tunnel d'une seule voie, sans éclairage, pour descendre la récolte — on l'emprunte encore, en klaxonnant. Leur cépage, le plavac mali, descend d'une variété dalmate que l'analyse génétique a identifiée au zinfandel californien. Depuis l'ouverture du pont, la route ne traverse plus le territoire bosnien : plus de poste-frontière sur le trajet.
En option — non compris dans le budget ci-dessus
2 h · Dubrovnik
Tiqets · prix relevé le 12-08-2026 · lien affilié
50 € hébergement · 42 € repas · 22 € transport, par jour et par personne · hébergement retenu : Hôtel à Gruž ou Lapad, 100 € la nuit.
1 913 € par personne pour 14 jours, soit 137 € / jour. À deux, 3 826 € au total.
| Poste | Montant | Part |
|---|---|---|
| Hébergement | 604 € | 32 % |
| Repas | 508 € | 27 % |
| Transport sur place | 253 € | 13 % |
| Billets de train et de bus | 96 € | 5 % |
| Activités | 452 € | 24 % |
Montants indicatifs, relevés à la main destination par destination. Les billets d'avion ne sont pas compris.
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