Avant le jour, le rez-de-chaussée est un marché de gros : pyramides de salaks à peau de serpent, mangoustans, sucre de palme moulé en cylindres, feuilles de bananier taillées au format. Et surtout des fleurs, vendues au sac plein — souci, frangipanier, chrysanthème — parce que chaque maison en consomme tous les jours.
C'est là que se comprend le canang sari, la petite corbeille tressée en feuille de cocotier jeune qu'on retrouve posée partout dans l'île, sur les seuils, les murets, les tableaux de bord. Les fleurs y sont disposées par couleur selon la direction et la divinité qu'elle appelle, avec un bâton d'encens dont la fumée porte l'offrande. Ce qui est donné, c'est l'essence, pas l'objet : une fois l'offrande faite, la corbeille n'a plus de valeur, et personne ne s'émeut qu'on la balaie le soir.
Ce qui froisse, en revanche, c'est de marcher dessus : on les contourne, elles sont au sol. L'étage et l'arrière basculent dans le souvenir dès la fin de matinée, et là le marchandage est attendu, en souriant et sans hausser le ton. Attention aux billets : les coupures alignent beaucoup de zéros et deux d'entre elles se confondent facilement. Le palais royal est juste en face.