Isaiah Zagar travaille sur South Street depuis les années 1960 : il achetait des immeubles à l'abandon et couvrait leurs murs de tessons pour rendre la rue habitable. Le terrain vague voisin de son atelier lui a servi de chantier à ciel ouvert pendant des années, jusqu'au jour où le propriétaire, installé en Californie, a voulu le vendre. Le quartier a levé l'argent, l'œuvre a été rachetée, elle est devenue une fondation.
Dedans, tout vient d'ailleurs : miroirs cassés, carreaux rapportés d'Amérique du Sud, bouteilles, roues de bicyclette, assiettes, éclats de céramiques d'autres artistes. Zagar signe, date et inscrit des phrases dans le ciment frais, souvent écrites à l'envers, et on retrouve son écriture partout dans le labyrinthe.
Les galeries basses sont étroites, en pente, sans rampe : ni praticables en fauteuil, ni très rassurantes avec de jeunes enfants. Le reste de son travail est dehors et ne coûte rien — plus de cent murs mosaïqués sont disséminés dans le quartier, et marcher South Street et Bainbridge en donne une bonne part sans passer par la billetterie.