6 h · Hotel
Raies manta et jardins de corail en une journée, sans conduire. Une visite est déjà au programme de l'étape : cette journée la remplace, elle ne s'y ajoute pas.
Klook · prix relevé le 11-08-2026 · lien affilié
3 863 € par personne sur place pour 14 jours, soit 276 € / jour — en 7 étapes, de Tahiti à Fakarava. En passant par Moorea, Huahine, Raiatea et Taha'a, Bora Bora, puis Rangiroa.
Autres durées : 5 jours · 10 jours · toutes les étapes de Polynésie française
Tous les montants de cette page sont par personne et concernent la vie sur place — hébergement, repas, transports, trajets entre étapes, activités. Les billets d'avion ne sont pas compris.
Arrivée à aéroport Papeete — Faa'a (PPT), retour du même aéroport.
Les billets d'avion ne sont pas comptés dans ce budget : ils dépendent de ta date et de ton aéroport de départ.
J1 → J2 · 2 nuits · 401 € par personne
L'île mère : montagnes noires, marché et rouleaux
L'île mère, où atterrissent tous les vols internationaux — c'est la seule porte d'entrée de l'archipel. Elle est montagneuse, volcanique et noire, sans lagon spectaculaire : on n'y reste pas pour les plages. ⚠️ La monnaie est le franc Pacifique, pas l'euro, et le forfait français ne fonctionne pas ici.
Tahiti est l'île mère de la Polynésie française et sa seule porte d'entrée : tous les vols internationaux atterrissent à Faa'a, et tous les vols intérieurs en repartent. On y passe donc nécessairement, à l'aller comme au retour, ce qui justifie d'y consacrer une journée plutôt que d'enchaîner immédiatement une correspondance.
⚠️ Il ne faut pas y chercher l'image de carte postale. L'île est volcanique, montagneuse et jeune géologiquement : ses plages sont de sable noir, son lagon est étroit et sa côte est urbanisée sur presque tout le pourtour. Les lagons turquoise sont dans les archipels, pas ici. En échange, l'intérieur est spectaculaire — vallées encaissées, cascades, et la presqu'île de Taiarapu avec Teahupo'o et sa vague.
⚠️ Deux points pratiques surprennent les voyageurs français. La monnaie est le franc Pacifique, à parité fixe avec l'euro mais matériellement différent — il se change sur place et ne s'utilise nulle part ailleurs. Et le forfait mobile français ne fonctionne pas : la Polynésie n'est pas dans l'itinérance européenne, une carte locale ou une eSIM est nécessaire. Le marché de Papeete, tôt le matin, et les roulottes de la place Vaiete le soir — cuisines ambulantes servant poisson cru au lait de coco et brochettes — sont les deux moments à ne pas manquer.
À table
La halle se lit d'un coup d'œil, sur deux niveaux. En bas, le vivant : thons et bonites entiers posés sur la glace, poissons de lagon rangés par taille et par couleur, uru, fei, taros, et des couronnes de fleurs tressées le matin même qui se vendent pour être portées le jour même. À l'étage, le monoï, les paréos, la vanille, les nacres et les tressages de pandanus.
Le monoï de Tahiti n'est pas un nom commercial mais une appellation d'origine : huile de coprah issue de cocotiers poussés sur sol corallien, et fleurs de tiare cueillies en bouton, mises à macérer. Autre chose à savoir avant de sortir un billet : on ne paie pas en euros. La monnaie est le franc Pacifique, à parité fixe avec l'euro mais aux chiffres déroutants, les prix courants s'affichant en centaines et en milliers.
Le marché ouvre avant le jour et c'est ce moment-là qui vaut le déplacement : à la mi-journée, une bonne partie des étals est déjà pliée. Prévoir des espèces en petites coupures, beaucoup de vendeurs ne prennent pas la carte. La vanille et le monoï s'achètent ici moins cher qu'à l'aéroport, et l'on peut sentir avant de choisir.
Le jardin s'organise autour de sources et de biefs qui descendent vers la route : bassins, arbres à pain, taros, gingembres, bambous, et un sentier qui grimpe derrière dans une forêt humide où les fougères arborescentes tiennent la pente. On y voit rassemblées, sur quelques hectares, les plantes qui nourrissaient et soignaient la Polynésie avant l'arrivée des cargos.
Ce vert-là s'explique par la géographie de l'île. Toute la population de Tahiti vit sur l'anneau littoral ; l'intérieur, lui, n'est habité par personne. Ce n'est qu'un empilement de vallées verticales et de crêtes que la pluie arrose bien plus abondamment que la côte, et c'est de là que tombent les cascades du versant est, au fond de vallées très courtes qui forment des cirques de parois.
Les adresses se donnent ici en PK, des points kilométriques comptés depuis Papeete dans les deux sens : c'est le seul repère qui serve à trouver une entrée de jardin ou un départ de sentier. Les chemins sont argileux et glissants dès qu'il a plu. L'accès aux chutes hautes a déjà été fermé après des éboulements — les panneaux qui l'annoncent sont à prendre au sérieux, la roche est friable et les blocs tombent sans prévenir.
Tahiti est double : une grande île ronde et une presqu'île, reliées par l'isthme étroit de Taravao. Sur la côte sud de cette presqu'île, la route s'arrête net à Teahupo'o. Au-delà commence le fenua aihere, une frange de côte sans route où les maisons ne se rejoignent qu'en bateau ou par un sentier littoral — c'est le bout du réseau routier de l'île, et cela se sent tout de suite.
La vague doit sa forme au relief sous-marin : le fond remonte d'un coup, d'une grande profondeur au platier, si bien que toute la houle trébuche d'un seul coup au lieu de se briser progressivement. D'où ce tube épais et bas sur l'eau. Le nom se traduit d'ordinaire par mur de crânes. Les épreuves olympiques de surf de 2024 s'y sont tenues, non sans conflit : la construction d'une nouvelle tour des juges sur le récif a été contestée sur place pour les dégâts causés au corail.
Elle ne marche pas toute l'année : il lui faut une houle de sud, donc l'hiver austral, et elle peut être plate le reste du temps. Depuis la pointe, on la voit de loin et petite ; le taxi-boat reste le seul moyen d'en approcher. Ne pas se mettre dans le chenal, c'est le passage des surfeurs et des bateaux.
Le parcours va du récif à la société : formation des îles, peuplement, puis les objets. Herminettes de pierre emmanchées, tapa, ornements de plumes et de nacre, pièces de pirogue, instruments de tatouage. Le tapa n'est pas un tissu : c'est de l'écorce interne de mûrier à papier détrempée puis battue au maillet sur une enclume de bois jusqu'à s'élargir en feuille, et l'on entend encore ce battement dans les villages qui le pratiquent.
Un mot du vocabulaire courant vient d'ici : tatau. Les marins de Cook l'ont rapporté en Europe, où il est devenu tattoo, puis tatouage. La pratique a pourtant été interdite par les missionnaires au XIXe siècle et a bien failli disparaître ; sa renaissance date des années quatre-vingt, à partir de ce que les dessins anciens et les archipels voisins avaient conservé.
À faire en début de séjour plutôt qu'à la fin : les marae, les motifs et les noms de lieux se lisent tout autrement après. Le musée est posé au bord du lagon, face à Moorea, et son parc permet de souffler entre deux salles. Il ferme un jour par semaine, à vérifier avant de traverser l'île pour rien.
95 € hébergement · 66 € repas · 32 € transport, par jour et par personne · hébergement retenu : Hôtel de bord de lagon, 190 € la nuit.
J3 → J4 · 2 nuits · 473 € par personne
Deux baies, un mont percé, à trente minutes de ferry
À trente minutes de ferry de Tahiti, avec deux baies profondes séparées par un mont percé d'un trou. Elle a le lagon que Tahiti n'a pas, et des prix nettement inférieurs à Bora Bora. On en fait le tour en soixante kilomètres de route côtière — c'est l'île la plus facile de l'archipel.
Moorea est à trente minutes de ferry de Tahiti et c'est l'île la plus facile de l'archipel : on peut y aller sans réserver de vol intérieur, en faire le tour en soixante kilomètres de route côtière, et y trouver des prix sans commune mesure avec Bora Bora. Elle a le lagon que Tahiti n'a pas.
Sa forme est celle d'un cœur découpé par deux baies profondes — Cook et Opunohu — séparées par une arête que domine le mont Rotui, avec au fond le mont Mouaputa, percé d'un trou dans son sommet. Le belvédère qui surplombe les deux baies se rejoint en voiture et donne le panorama le plus connu de Polynésie.
Le lagon se découvre en pirogue à moteur, lors de sorties à la journée qui combinent nourrissage des raies pastenagues et observation des requins à pointe noire dans un mètre d'eau. ⚠️ Ces animaux sont habitués et inoffensifs, mais le nourrissage modifie leur comportement et fait l'objet de critiques ; certains opérateurs y ont renoncé. De juillet à octobre, les baleines à bosse viennent mettre bas dans ces eaux et s'observent depuis le bateau — ⚠️ la mise à l'eau avec elles est strictement encadrée par la réglementation locale et interdite avec les mères accompagnées d'un baleineau.
À table
Depuis la plate-forme, les deux baies s'ouvrent de part et d'autre du mont Rotui, et l'on domine toute la vallée d'Opunohu : pâturages, rangs d'ananas sur les pentes, forêt sombre au fond. Ces baies ne sont pas des cratères, contrairement à ce qu'on lit souvent, mais d'anciennes vallées de rivière noyées par la remontée de la mer — le relief sous-marin prolonge exactement celui des versants.
En face, le mont Mouaputa est percé de part en part. La tradition raconte que le demi-dieu Pai, depuis Tahiti, y a lancé sa lance pour empêcher les dieux de Raiatea d'emporter le Rotui pendant la nuit : le trou est celui de la lance, et la montagne est restée là. Sur les cartes marines, la baie de Cook porte un nom que Cook n'a pas mérité, puisqu'il avait mouillé dans celle d'à côté.
Monter tôt : les sommets s'encapuchonnent de nuages à mesure que la journée avance, et un belvédère bouché ne se rattrape pas. La route d'accès est étroite, en lacets, et traverse la vallée agricole où l'on peut s'arrêter aux marae et à la ferme-école. Il n'y a rien à boire là-haut, monter avec de l'eau.
L'arrêt se fait sur un banc de sable où l'on a pied, dans une eau laiteuse. Les raies arrivent par en dessous, lisses et étonnamment lourdes, et se glissent contre les jambes ; les requins pointes noires, eux, gardent leurs distances et tournent en périphérie, reconnaissables au liseré noir en bout de dorsale. Ce sont de petits requins côtiers, farouches, qui fuient dès qu'on fait un geste brusque.
La Polynésie a interdit la pêche aux requins dans l'ensemble de sa zone économique, ce qui en fait l'un des plus vastes sanctuaires du monde : la densité qu'on observe ici n'est pas un décor, c'est le résultat de cette protection. La raie, en revanche, porte à la base de la queue un dard dentelé et venimeux dont elle se sert en défense — d'où la règle de traîner les pieds sur le sable au lieu de les poser, pour ne jamais en surprendre une enfouie.
On ne touche pas : une pellicule de mucus protège leur peau des parasites, et la main la retire. Le nourrissage, qui explique leur présence, est de plus en plus abandonné par les opérateurs sérieux. Sortir le matin, avant que l'alizé ne lève un clapot qui brouille tout, et porter un tee-shirt plutôt que de la crème.
Un marae, concrètement, c'est une cour rectangulaire dallée, fermée d'un muret bas, avec à une extrémité une plate-forme surélevée, l'ahu, et des dalles dressées plantées dans le sol : chacune marquait la place d'un officiant ou d'une famille. Ici, l'ensemble est posé sous des mape, les châtaigniers tahitiens, dont les racines forment des contreforts ondulés hauts comme un homme.
La vallée conserve aussi des plates-formes de tir à l'arc, en forme d'étoile. Le tir y était un exercice réservé aux chefs, entouré d'interdits, et l'on ne visait aucune cible : on cherchait la plus grande distance, la flèche étant tirée depuis un genou. C'est l'un des rares sports anciens dont il reste des installations en pierre.
Ce sont des lieux sacrés, toujours considérés comme tels : on ne monte pas sur l'ahu, on ne déplace ni n'emporte aucune pierre, et on n'y pique-nique pas. Le sol est humide sous les arbres et les moustiques y sont nombreux. En redescendant, les ananas de Moorea se vendent au bord de la route et partent aussi vers la jusserie de l'île : la variété locale est petite, très sucrée, et se mange jusqu'au cœur.
Le sentier quitte la vallée par une pente raide, s'enfonce sous les mape et les bambous, puis suit une croupe étroite où les racines font office de marches. La terre est une argile rouge qui devient savonneuse dès la première averse, et le dernier ressaut se monte plus qu'il ne se marche. En haut, le col ouvre d'un côté sur la baie d'Opunohu, de l'autre sur les crêtes intérieures.
Une bonne partie de ce qu'on traverse ne devrait pas s'y trouver. Le miconia, un arbuste ornemental introduit dans les années trente et reconnaissable à ses très grandes feuilles violettes en dessous, a envahi la forêt humide des îles hautes : il fait de l'ombre sur tout ce qui pousse en dessous et finit par ne rien laisser d'autre. Ses racines superficielles retiennent mal le sol, ce qui aggrave les glissements de terrain sur ces pentes.
Rien de dangereux ne vit dans ces forêts : ni serpent, ni gros animal. Les seuls vrais risques sont l'argile, la chaleur et, au sol ou sous une pierre, le centipède, un mille-pattes dont la piqûre fait très mal. Chaussures fermées, beaucoup d'eau — il n'y en a pas sur le parcours — et départ tôt, les averses viennent souvent l'après-midi.
103 € hébergement · 70 € repas · 36 € transport, par jour et par personne · hébergement retenu : Bungalow de jardin en bord de lagon, 205 € la nuit.
J5 → J6 · 2 nuits · 392 € par personne
L'île restée à l'écart, et le plus vieux site du Pacifique
L'île restée à l'écart du tourisme, avec le plus ancien site archéologique du Pacifique, des anguilles sacrées aux yeux bleus dans un ruisseau du village, et une agriculture encore vivante. ⚠️ Peu d'hébergements et peu de vols : elle se réserve à l'avance ou pas du tout.
Huahine est restée à l'écart du tourisme, et c'est sa caractéristique première : peu d'hôtels, peu de vols, une agriculture encore bien vivante — vanille, melons, pastèques, taro — et une population qui n'a pas organisé sa vie autour des visiteurs. ⚠️ Le corollaire est qu'elle se réserve à l'avance ou pas du tout : les hébergements sont peu nombreux et se remplissent, et les vols intérieurs ne desservent l'île que quelques fois par jour.
Elle est en réalité double : Huahine Nui et Huahine Iti, reliées par un pont, avec des baies profondes entre elles. On en fait le tour en une journée à scooter ou en voiture, sur une route qui traverse des villages où l'on croise plus d'enfants et de vanilleraies que de boutiques.
Maeva abrite le plus important ensemble de marae du Pacifique et l'un des plus anciens sites archéologiques de Polynésie — plus de deux cents structures de pierre autour d'un lac, incluant des pièges à poissons en pierre toujours utilisés. ⚠️ Un marae est un lieu sacré : on ne monte pas sur les pierres et l'on n'en déplace aucune. À Faie, des anguilles d'eau douce aux yeux bleus, longues d'un mètre et considérées comme sacrées, vivent dans le ruisseau qui traverse le village et se laissent approcher. La plage d'Avea, au sud, offre le meilleur lagon de l'île.
À table
Le site ne se visite pas d'un point mais en marchant : les structures s'égrènent le long de la rive, puis grimpent sur la colline boisée derrière le village, où les murs et les terrasses affleurent sous les arbres. En bas, une grande maison à extrémités rondes a été rebâtie sur pilotis au-dessus de l'eau, selon le plan des maisons de réunion d'autrefois, et abrite une petite exposition.
Dans le chenal, des pièges à poissons en pierre sont toujours en service : des murets de blocs coralliens dessinent un V qui canalise le poisson vers une chambre dont il ne ressort pas, et l'on vient le relever à l'épuisette. Ils fonctionnent au changement de marée, sans appât et sans filet, et certains sont entretenus depuis des générations par les mêmes familles. Des fouilles menées près du rivage, dans un sol gorgé d'eau, ont livré des pièces de bois conservées — dont des éléments de pirogue — que le climat aurait détruites partout ailleurs.
Lieux sacrés : on ne monte pas sur les plates-formes, on ne déplace aucune pierre. Les marae de la colline demandent des chaussures fermées et un anti-moustique. Les pièges se regardent au moment où la marée descend.
Le ruisseau est large comme une table, sous un petit pont, au bord de la route. Les anguilles se tiennent immobiles face au courant, épaisses comme une cuisse, la peau marbrée, et l'on remarque surtout leurs yeux d'un bleu franc qui n'a rien de commun. Elles se déplacent à peine, puis se dressent à la verticale quand quelqu'un s'approche de la berge.
Elles ne sont pas pêchées, et cela tient à un récit connu dans tout le Pacifique : l'anguille Tuna, éprise de la belle Hina, demande qu'on enterre sa tête après sa mort ; du sol sort le premier cocotier, et les trois marques rondes qu'on voit sur la noix sont ses deux yeux et sa bouche. Ces anguilles-là sont nées en mer, comme toutes les anguilles d'eau douce, et sont remontées jusqu'ici minuscules et transparentes.
C'est un lieu respecté du village, pas une attraction : on ne se baigne pas, on ne les touche pas, et on ne leur donne rien d'autre que le maquereau vendu à côté, qui est l'usage établi. L'arrêt dure deux minutes et se rate facilement en voiture — le pont ne paie pas de mine et rien ne le signale de loin.
La baie d'Avea, au sud de Huahine Iti, est l'une des rares plages publiques de Polynésie où l'on peut nager longtemps sans rencontrer de corail coupant ni de courant : le fond est de sable, la pente très douce, et la baie profondément abritée par une avancée de terre. C'est exactement ce qui manque à beaucoup de lagons polynésiens, magnifiques mais peu commodes.
Une ou deux pensions de famille bordent la plage, sans complexe hôtelier, ce qui garde à l'endroit un caractère de bout du monde. Huahine est de toute façon l'île la moins équipée du parcours, avec peu d'hébergements et peu de vols — elle se réserve à l'avance.
⚠️ Il n'y a aucun commerce en dehors des pensions et rien n'est ouvert le dimanche : l'eau, le déjeuner et l'essence se prévoient depuis Fare, le bourg principal, à une trentaine de minutes. Le tour de l'île se fait en scooter ou en voiture dans la journée, et la route du sud, moins fréquentée, longe des baies et des villages où l'agriculture — vanille, melons, taro — reste l'activité principale.
La greffe se fait à l'établi, coquille maintenue entrouverte par un petit écarteur. Une précision utile : le nucléus n'est pas logé dans le manteau mais dans la gonade de l'huître, accompagné d'un fragment de manteau prélevé sur une autre huître, sacrifiée pour cela. C'est ce greffon, et non la bille, qui commande la couleur et l'orient de la perle — le greffeur choisit donc sa donneuse avec soin.
La bille elle-même vient de très loin : elle est taillée dans la coquille de moules d'eau douce du bassin du Mississippi, dont la densité se rapproche de celle de la nacre et supporte les mêmes variations. Une épaisseur minimale de nacre est imposée par la réglementation polynésienne et contrôlée avant l'export : une perle trop mince ne sort pas légalement du territoire.
Acheter au producteur revient nettement moins cher qu'à Papeete, mais attention au retour : la Polynésie est française sans faire partie du territoire douanier européen. Ce qu'on rapporte compte comme une importation, avec les franchises et les déclarations que cela suppose — garder la facture. Les perles se rayent entre elles, les transporter séparées dans un tissu.
93 € hébergement · 66 € repas · 28 € transport, par jour et par personne · hébergement retenu : Pension en bord de lagon, 185 € la nuit.
J7 → J8 · 2 nuits · 422 € par personne
L'île sacrée d'où partirent les grandes migrations
L'île sacrée d'où seraient parties les grandes migrations polynésiennes vers Hawaï et la Nouvelle-Zélande — son marae Taputapuātea est classé par l'Unesco. Elle partage son lagon avec Taha'a, l'île de la vanille, qu'on rejoint en navette. C'est le berceau culturel, pas la carte postale.
Raiatea est l'île sacrée de toute la Polynésie orientale : c'est d'ici que seraient parties les grandes migrations en pirogue double vers Hawaï, la Nouvelle-Zélande et l'île de Pâques, et son ancien nom, Havai'i, se retrouve dans les toponymies de tout le triangle polynésien. Le marae Taputapuātea, classé par l'Unesco, était le centre religieux et politique de cette aire culturelle.
⚠️ Ce n'est pas une île de carte postale et il ne faut pas venir y chercher un lagon de rêve : Raiatea n'a pratiquement pas de plage. Elle est montagneuse, agricole, tournée vers la mer par sa marina — c'est le port de départ de la plupart des charters à la voile de l'archipel — et son intérêt est culturel et naturel.
Elle partage son lagon avec Taha'a, sa voisine immédiate, qu'on rejoint en navette en une demi-heure. Taha'a produit l'essentiel de la vanille polynésienne, pollinisée à la main fleur par fleur, et les exploitations se visitent. Entre deux motu, le jardin de corail est un chenal peu profond où l'on se laisse dériver par le courant au-dessus des patates de corail, masque sur le visage, sans nager : c'est l'une des plus belles expériences de l'archipel et elle est gratuite. Le mont Temehani abrite la tiare apetahi, fleur qui ne pousse nulle part ailleurs au monde.
À table
L'ensemble occupe une pointe basse : une vaste cour dallée de blocs coralliens, bordée d'un ahu dont les dalles de basalte dressées, hautes et brutes, regardent le lagon. En face s'ouvre la passe, dite passe sacrée, par laquelle on entrait par la mer. Il n'y a ni toit, ni sculpture, ni ornement : la puissance du lieu tient à sa position et à ses dimensions.
Raiatea portait autrefois le nom de Havai'i — celui-là même qu'on retrouve, à peine déformé, en Hawaï et à Savai'i, et que les traditions de tout le triangle polynésien désignent comme la terre d'origine. C'est ici que se célébrait le culte d'Oro, divinité de la guerre, qui s'est diffusé de proche en proche dans les îles, et ici que se tenaient les grandes assemblées entre chefferies venues par la mer. Les cérémonies comportaient des sacrifices humains, consignés par les premiers navigateurs européens.
Le site est sacré et vivant, pas archéologique : des cérémonies s'y tiennent encore. On ne monte pas sur l'ahu, on ne déplace ni n'emporte aucune pierre, on ne pique-nique pas dans la cour. Il n'y a presque aucune ombre, prévoir chapeau et eau.
Le plateau n'a rien d'un sommet : c'est une table détrempée, couverte d'une lande basse et rase, où l'eau stagne entre des touffes et où la végétation, rabougrie par le vent, ne dépasse guère le genou. La fleur y pousse en touffes discrètes ; elle est blanche, et ses pétales s'ouvrent tous du même côté, comme une corolle coupée en deux.
Elle ne pousse que là, sur ce seul plateau de cette seule île, et toutes les tentatives de la cultiver ailleurs ont échoué, y compris en reconstituant son sol. La tradition y voit la main d'une jeune fille qui ne pouvait épouser celui qu'elle aimait, et l'on dit que la fleur s'ouvre au petit jour dans un léger craquement. L'espèce est protégée et menacée : la cueillir est interdit.
La montée est longue, boueuse, et le chemin s'efface sur le plateau où le brouillard tombe sans prévenir : un guide n'est pas une formalité, c'est la condition de la sortie. On ne quitte pas la trace — le piétinement détruit les jeunes plants, qui repoussent très mal — et l'on ne cueille rien, pas même pour une photo posée.
Sous les ombrières, les lianes montent sur des tuteurs à hauteur de torse et retombent en boucles ; les gousses pendent en grappes de quelques unités. Le geste de la fécondation se fait à l'aube, à la main, avec un éclat de bambou : on écarte la petite languette qui sépare les organes mâle et femelle, on les met en contact, on referme. Une personne exercée en fait des centaines dans la matinée.
Il faut être là ce matin-là et pas un autre : la fleur ne s'ouvre qu'une fois, quelques heures, et se referme définitivement. La vanille de Tahiti se distingue aussi à la récolte, car sa gousse ne se fend pas à maturité comme celle de Madagascar : on la cueille quand l'extrémité jaunit. Vient ensuite le long travail de séchage au soleil le matin, puis de massage des gousses une à une, pendant des semaines, jusqu'à ce qu'elles deviennent souples et grasses.
Acheter chez le producteur, au poids. Une bonne gousse est souple, huileuse et se noue autour du doigt sans casser ; sèche et cassante, elle a déjà perdu l'essentiel. La conserver dans un bocal fermé à température ambiante, surtout pas au réfrigérateur, où elle moisit.
L'eau est calme et couleur de thé, et la rivière se resserre vite en un couloir végétal : le purau, l'hibiscus des rivages, se penche d'une rive à l'autre et referme une voûte au-dessus des pagaies, avec des mape aux racines en contreforts plantées dans la berge. On avance au bruit des rames et des oiseaux, sans aucune construction en vue.
Si c'est la seule rivière navigable de Polynésie, c'est une affaire de taille : les îles sont trop petites et trop pentues pour qu'un cours d'eau ait le temps de s'assagir, et leurs ruisseaux passent du filet au torrent en une averse. La Faaroa draine le plus grand bassin de Raiatea et son cours inférieur a été noyé par la mer, ce qui lui donne cette baie profonde et ce courant faible.
Remonter d'abord, quand les bras sont frais, et redescendre en se laissant porter. Après de fortes pluies, l'eau se charge de terre et le courant devient contrariant. Rien de dangereux ne vit dedans — des anguilles et des chevrettes, ces crevettes d'eau douce à longues pinces — mais les moustiques sont là dès que le vent tombe. Un sac étanche pour le téléphone, tout finit mouillé.
93 € hébergement · 66 € repas · 30 € transport, par jour et par personne · hébergement retenu : Pension sur un motu, 185 € la nuit.
J9 → J10 · 2 nuits · 613 € par personne
Le lagon le plus photographié du monde, et son prix
Le lagon le plus photographié du monde, autour d'un piton volcanique, avec un anneau de motu qui portent les hôtels sur pilotis. ⚠️ C'est de très loin l'étape la plus chère du parcours, hébergement comme restauration. Le tour du lagon en pirogue, avec raies et requins, reste abordable et vaut la journée.
Bora Bora est un piton volcanique de sept cents mètres — le mont Otemanu — entouré d'un lagon peu profond et d'un anneau de motu qui portent les hôtels sur pilotis. C'est cette configuration, rare même en Polynésie, qui produit les dégradés de bleus les plus photographiés du monde.
⚠️ C'est de très loin l'étape la plus chère du parcours, et l'écart avec les autres îles est vertigineux : une nuit en bungalow sur pilotis peut coûter davantage qu'une semaine complète à Huahine, et la restauration hors hôtel est limitée et onéreuse. Beaucoup de voyageurs y passent deux nuits et complètent avec des îles moins coûteuses, ce qui est le meilleur arbitrage.
Le tour du lagon en pirogue reste, lui, parfaitement abordable et constitue le meilleur usage d'une journée : on s'arrête sur des hauts-fonds pour nager avec les raies pastenagues et les requins à pointe noire, on plonge sur les jardins de corail, et l'on déjeune sur un motu. ⚠️ Les raies manta se voient dans certaines zones du lagon selon la saison et le courant, sans garantie. L'île principale se fait en trente-deux kilomètres de route côtière, à vélo ou en scooter, et l'on y croise encore les canons américains laissés par la base militaire installée ici pendant la Seconde Guerre mondiale.
À table
L'Otemanu est ce qui reste du volcan dont l'effondrement a formé Bora Bora : un piton de basalte de plus de sept cents mètres, aux parois verticales, qui n'a jamais été gravi jusqu'au sommet — la roche y est trop délitée pour être escaladée en sécurité, et l'ascension est aujourd'hui interdite. Sa forme est ce que tout le monde reconnaît avant même d'avoir vu l'île.
Depuis la côte ouest ou depuis un motu de l'anneau, le soleil se couche derrière le récif et la montagne passe progressivement au noir, en contre-jour, pendant que le lagon traverse une série de bleus puis de roses. C'est l'image pour laquelle des gens traversent la planète, et elle ne coûte rien.
⚠️ C'est aussi à peu près la seule chose gratuite de l'étape : Bora Bora est de très loin l'endroit le plus cher du parcours, hébergement comme restauration, et le contraste entre la dépense et la nature de ce qu'on vient chercher est frappant. La route côtière fait le tour de l'île sur une trentaine de kilomètres et se parcourt à vélo ou en scooter, ce qui donne accès à plusieurs points de vue publics.
La sortie tourne autour du massif central, et c'est en tournant que l'île se comprend : la montagne change de profil à chaque quart d'heure, tandis que l'anneau de motu reste, lui, à distance constante. Entre les deux, l'eau passe par toutes les nuances selon le fond — sable blanc, herbiers sombres, patates de corail — et non selon la profondeur seule.
Darwin a donné l'explication de ce paysage il y a près de deux siècles, et elle tient toujours. L'île volcanique s'enfonce lentement sous son propre poids ; le récif, lui, continue de bâtir vers le haut pour rester dans la lumière. La montagne rétrécit donc pendant que l'anneau, lui, se maintient. Bora Bora est à mi-parcours ; les atolls des Tuamotu, où plus aucune montagne n'émerge, sont la fin de la même histoire.
L'anneau n'est franchissable qu'en un seul point, la passe de Teavanui, à l'ouest — profonde, ce qui a fait de ce lagon un port naturel et explique la base américaine. Partir le matin : l'alizé lève un clapot l'après-midi et la pirogue tape. Prévoir un tee-shirt à manches, le soleil réfléchi par le sable brûle même à l'ombre.
De loin, l'île se résume à une lame de basalte posée sur une turquoise. De près, la roche de l'Otemanu se délite entre les doigts : c'est un basalte altéré, sans prise fiable, et aucune voie n'y est praticable. Le Pahia, à côté, se monte par un itinéraire raide équipé de cordes fixes, dans une terre qui glisse et une végétation qui griffe.
Le nom même de l'île est un malentendu conservé. Elle s'appelle Pora Pora, que l'on traduit d'ordinaire par première-née ; mais le tahitien ne connaît pas le son b, et les Européens ont entendu et écrit Bora Bora. Le nom faux est resté partout, y compris sur les cartes officielles.
Le Pahia ne se fait pas seul ni après la pluie, et la descente est plus délicate que la montée. Pour une vue sans engagement, la pointe de Matira suffit : c'est la seule plage vraiment publique de l'île, le reste du littoral étant occupé par les hôtels et les propriétés. Le platier de sable y est immense et tiède, mais des oursins et des têtes de corail bordent les côtés — des chaussures d'eau évitent une fin de séjour boiteuse.
La route de ceinture est plate et suit le lagon presque partout ; les canons, eux, sont dans les hauteurs, au bout de pistes raides. Ce sont de longues pièces de marine sur affût pivotant, encore braquées vers le large, la peinture partie et la rouille prise dans le métal, posées à des points d'où l'on domine les approches de l'île.
Ils datent de février 1942 : après Pearl Harbor, les États-Unis ont installé ici, en quelques semaines, leur première base du Pacifique — un dépôt de carburant et de ravitaillement pour la route de l'Australie. Ils y ont aussi construit une piste d'aviation sur un motu du récif. Cette piste est restée le seul aérodrome de la Polynésie française jusqu'à l'ouverture de celui de Tahiti, autour de 1960 : les avions venus d'Amérique atterrissaient donc à Bora Bora avant d'atteindre Papeete.
C'est encore l'aéroport de l'île, et il est toujours sur son motu : on arrive en avion et l'on rejoint le village en bateau. Pour les canons, plusieurs accès traversent des terrains privés et se demandent ; les pistes sont raides et glissantes. Sur la route du tour, il n'y a presque pas d'ombre et la chaleur monte vite.
En option — non compris dans le budget ci-dessus
6 h · Hotel
Raies manta et jardins de corail en une journée, sans conduire. Une visite est déjà au programme de l'étape : cette journée la remplace, elle ne s'y ajoute pas.
Klook · prix relevé le 11-08-2026 · lien affilié
125 € hébergement · 82 € repas · 42 € transport, par jour et par personne · hébergement retenu : Pension sur un motu avec plage, 250 € la nuit.
J11 → J12 · 2 nuits · 578 € par personne
Le deuxième plus grand atoll du monde, et ses dauphins
Le deuxième plus grand atoll du monde, si vaste que l'on ne voit pas l'autre rive depuis la première. Des dauphins vivent en permanence dans la passe de Tiputa et viennent jouer dans le courant. ⚠️ La plongée dérivante dans la passe est mondialement réputée mais demande un niveau confirmé.
Rangiroa est le deuxième plus grand atoll du monde : son lagon fait environ soixante-quinze kilomètres de long, assez pour qu'on ne voie pas la rive opposée depuis la première, et l'on pourrait y faire tenir l'île de Tahiti entière. Les terres émergées, elles, ne dépassent nulle part quelques centaines de mètres de large.
Son intérêt est concentré sur ses passes, ces coupures dans l'anneau par lesquelles la marée fait entrer et sortir des volumes d'eau considérables. Une population de grands dauphins vit en permanence dans la passe de Tiputa et vient jouer dans le courant, visible depuis la pointe à pied à marée montante. ⚠️ La plongée dérivante dans cette passe est mondialement réputée — requins gris, raies manta, bancs de carangues — mais le courant y est fort et elle demande un niveau confirmé ; ce n'est pas un baptême.
Le Lagon Bleu et l'Île aux Récifs se rejoignent en une heure de bateau à l'intérieur du lagon et occupent une journée chacun. ⚠️ Ces sorties sont annulées quand le vent se lève, ce qui arrive souvent, et il faut garder de la marge. Curiosité inattendue : l'atoll abrite un vignoble planté sur le corail, qui produit deux récoltes par an, l'un des rares vignobles au monde à cette latitude — la dégustation se fait au village d'Avatoru.
À table
Quand le courant entre, la passe se hérisse de vagues stationnaires qui restent en place au lieu d'avancer, et les dauphins viennent s'y installer : ils remontent le courant, se laissent porter dans la vague, sortent, recommencent. Ce sont de grands dauphins, massifs, au melon arrondi, souvent marqués de cicatrices claires ; les sauts arrivent en série, à quelques dizaines de mètres du bord.
Le groupe est sédentaire, contrairement à la plupart des grands dauphins qui parcourent de vastes zones : ceux-ci vivent à l'année sur cette passe et sont suivis, reconnus et nommés individuellement depuis des décennies par les plongeurs de l'atoll. Certains viennent d'eux-mêmes au contact sous l'eau, ce qui reste rare et n'est jamais provoqué.
Depuis la terre, l'observation ne coûte rien : il suffit d'être sur la pointe qui borde la passe au moment où le courant rentre, plutôt en fin de journée. En revanche on ne se met pas à l'eau là : le courant de passe est violent, il n'y a rien pour se rattraper, et personne ne remonte à contre-courant. Des jumelles servent plus qu'un téléobjectif.
Le village tient sur une bande de terre étroite, l'océan d'un côté et le lagon de l'autre, à quelques dizaines de mètres. Les deux rives n'ont rien de commun : côté large, un platier de corail battu par le ressac, sans plage ; côté lagon, une eau plate où sont amarrées les barques. La route relie les deux villages et s'arrête net à chaque extrémité, contre une passe.
La perliculture a connu une crise sévère au tournant des années deux mille : trop de production, une qualité inégale et des cours qui se sont effondrés ont fermé une grande partie des petites fermes familiales des Tuamotu. Celles qui restent ont misé sur la qualité et le circuit court, et c'est aussi pour cela qu'elles ouvrent leurs portes et montrent le geste de la greffe, qui dure quelques secondes et demande des années d'apprentissage.
Acheter sur place revient moins cher qu'à Papeete. Regarder d'abord le lustre — une belle perle renvoie une image nette, presque un reflet — puis l'état de surface, la forme comptant moins qu'on ne croit. Tout se fait à vélo ou à scooter ; il n'y a pas de trottoir et les chiens dorment sur la chaussée.
Les rangs de vigne sont plantés à même le sable corallien blanc, à quelques mètres de l'eau, palissés bas contre le vent, dans un décor de cocotiers. Le sol ne retient rien : il faut apporter la matière organique et l'eau douce, et la vigne y plonge des racines dans un substrat qui n'a rien à voir avec les terroirs habituels.
Ce qui manque surtout ici, c'est l'hiver. Sans repos hivernal, la vigne ne s'arrête jamais toute seule : c'est la taille qui lui impose artificiellement sa pause, et le cycle repart aussitôt. Les raisins traversent ensuite le lagon en bateau pour rejoindre le chai, au village — une vendange qui prend la mer, il n'y en a pas beaucoup d'autres.
La dégustation se fait au chai, dans le village ; la parcelle, elle, est sur un motu et ne se visite pas systématiquement, mieux vaut le demander avant. Le blanc surprend par sa sécheresse et sa vivacité, à rebours de ce qu'on attend d'un vin tropical, et il se boit très frais. Les bouteilles voyagent mal en soute par forte chaleur : l'acheter pour le boire sur place est le plus sûr.
La mise à l'eau se fait côté océan, hors de la passe. On descend, on se laisse prendre et le paysage se met à défiler : tombant, puis une cuvette abritée où les requins gris tournent par dizaines, des napoléons gros comme un enfant qui viennent voir, des raies aigles en file indienne et, à la fin, le lâcher dans le bleu laiteux du lagon.
À la saison chaude, des requins-marteaux sont régulièrement signalés au tombant, plus profond et plus au large. Quant aux gris, ils sont curieux mais lisibles : un requin qui nage normalement ne pose aucun problème ; un requin qui arque le dos, abaisse ses pectorales et se met à onduler de façon exagérée exprime un avertissement, et la réponse est de reculer calmement sans lui tourner le dos.
Tout dépend du sens du courant. On plonge au flot entrant ou à l'étale, jamais au jusant, qui emmène vers le large. Le créneau est court et se décale chaque jour ; le club le calcule et le bateau suit les bulles, avec un parachute de palier déployé à la remontée. Rester groupé : s'écarter, c'est se retrouver seul très vite et très loin.
98 € hébergement · 72 € repas · 28 € transport, par jour et par personne · hébergement retenu : Pension face à la passe, 195 € la nuit.
J13 → J14 · 2 nuits · 564 € par personne
Réserve de biosphère, et un mur de sept cents requins
Une réserve de biosphère de l'Unesco, dont la passe sud abrite un mur de plusieurs centaines de requins gris qui se tiennent face au courant. ⚠️ C'est l'un des plus grands rassemblements au monde et la plongée s'y fait en dérivante — réservée aux plongeurs autonomes. Le village compte quelques centaines d'habitants.
Fakarava est classée réserve de biosphère par l'Unesco, avec une réglementation qui protège strictement son lagon, et c'est l'un des plus grands sanctuaires de requins de la planète. L'atoll est un rectangle de soixante kilomètres sur vingt-cinq, avec deux passes aux extrémités et quelques centaines d'habitants au total.
⚠️ Sa passe sud, Tumakohua, abrite ce qu'on appelle le mur de requins : plusieurs centaines de requins gris de récif se tiennent immobiles face au courant, en rangs superposés, et l'on dérive au-dessus d'eux. C'est un spectacle sans équivalent au monde, mais il se pratique en plongée dérivante dans un courant fort, à une profondeur qui exige d'être plongeur autonome et à l'aise — ce n'est ni un baptême ni une sortie au masque et tuba. La passe nord, Garuae, est la plus large de Polynésie.
Ces requins ne présentent pas de danger dans ce contexte : ils sont là pour le courant et les poissons qu'il apporte, pas pour les plongeurs, et les incidents y sont inexistants. ⚠️ Comme à Tikehau, il n'y a pas de distributeur et très peu de commerces : on arrive avec ses espèces et l'on prend une pension en demi-pension ou en pension complète. Les motu du sud, à une heure de bateau du village de Rotoava, ont des plages de sable rosé et des cocoteraies exploitées pour le coprah.
À table
Au bord de la passe subsiste Tetamanu, un hameau de quelques maisons avec une église bâtie en blocs de corail, qui fut au XIXe siècle le centre administratif des Tuamotu avant que tout ne se déplace vers le nord de l'atoll. Il n'y reste presque personne, et le contraste est saisissant avec ce qui se passe sous l'eau, à quelques brasses de là.
Une fois par an, en hiver austral et autour de la pleine lune, des milliers de mérous marbrés se rassemblent dans cette passe pour pondre, venus de tout le lagon. Les requins, qui vivent là toute l'année, chassent alors la nuit dans le banc, en meute et à la lueur des lampes. Ce rendez-vous, filmé par une expédition scientifique française, a fait connaître le site bien au-delà du milieu de la plongée.
La passe sud est loin du village principal : il faut traverser tout l'atoll en bateau, et beaucoup y dorment une nuit plutôt que de faire l'aller-retour. Sur place, tout est minimal, il n'y a ni commerce ni distributeur. Sous l'eau, rester bas, ne pas fendre le mur de requins et ne poursuivre personne : ils ignorent les plongeurs tant qu'on ne les bouscule pas.
L'atoll de Fakarava est classé réserve de biosphère par l'Unesco depuis les années 1970, avec un zonage strict : certaines zones sont en protection intégrale, la pêche est réglementée, et les espèces introduites sont contrôlées. Cela se voit sous l'eau — la densité et la taille des poissons y sont sans commune mesure avec des lagons exploités.
L'extrémité sud, à une heure et demie de bateau du village de Rotoava, est l'endroit le plus isolé : quelques pensions rudimentaires, une plage de sable rosé, une eau immobile, et la passe de Tumakohua juste à côté — celle du mur de requins. Il n'y a ni route, ni électricité continue, ni réseau.
⚠️ Le déplacement se réserve avec la pension et se paie ; il ne s'improvise pas depuis le village. La cocoteraie du sud est exploitée pour le coprah — l'amande de coco séchée dont on tire l'huile —, qui reste une activité économique réelle des Tuamotu, soutenue par un prix garanti. On voit les séchoirs et les tas de noix ouvertes le long des motu.
Une rue, des maisons basses derrière leurs haies, l'église de corail, des vélos couchés dans le sable et beaucoup de chiens. En bordure de cocoteraie, on tombe sur les séchoirs à coprah : des claies chargées de demi-noix ouvertes, chair vers le haut, sous un toit monté sur rails que l'on pousse d'une main pour couvrir le tout dès que l'averse arrive.
Ce que devient cette amande séchée mérite d'être suivi : les sacs partent par la goélette vers Tahiti, où l'huilerie les presse. Une partie de cette huile sert de base au monoï qu'on achète au marché de Papeete. Le prix du coprah est soutenu par la collectivité, et cela n'a rien d'anecdotique : c'est le revenu qui permet à des familles de rester sur des atolls où il n'y a ni terre agricole ni industrie.
La même goélette apporte le reste : le frais dépend de son passage, et les rayons du magasin s'appauvrissent à mesure qu'on s'éloigne de la dernière rotation. Prévoir des espèces, tout ne se règle pas par carte, et un vélo suffit à tout faire. Il n'y a aucune ombre sur la route qui longe le lagon.
À côté des perles, c'est la coquille elle-même qui est travaillée : sciée, poncée jusqu'à faire apparaître les couches irisées, gravée au burin de motifs marquisiens ou tuamotu. On y voit aussi les pièces qui échappent au calibre — les keshi, petites perles nées sans nucléus, et les mabé, demi-perles formées contre la coquille et découpées avec elle.
Avant la perle de culture, c'est justement cette nacre qui faisait vivre les Tuamotu. On plongeait en apnée la ramasser par brassées pour l'exporter, notamment vers l'Europe où elle devenait des boutons ; les bancs les plus accessibles ont été épuisés et la ressource a fini par être réglementée. Fakarava et les atolls voisins sont aujourd'hui classés réserve de biosphère, un statut qui encadre les prélèvements dans le lagon.
Acheter au producteur permet de voir d'où vient la pièce et de faire établir une facture, utile au retour. Un objet de nacre voyage mieux qu'une perle montée : il ne craint que les chocs. Les perles, elles, se rayent entre elles et supportent mal les parfums et les produits de toilette — les ranger séparément, dans un tissu.
98 € hébergement · 72 € repas · 28 € transport, par jour et par personne · hébergement retenu : Pension à la passe sud, 195 € la nuit.
3 863 € par personne pour 14 jours, soit 276 € / jour. À deux, 7 726 € au total.
| Poste | Montant | Part |
|---|---|---|
| Hébergement | 1 410 € | 37 % |
| Repas | 988 € | 26 % |
| Transport sur place | 448 € | 12 % |
| Vols intérieurs | 420 € | 11 % |
| Activités | 597 € | 15 % |
Montants indicatifs, relevés à la main destination par destination. Les billets d'avion ne sont pas compris.
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