2 h · Montréal
Vieux-Montréal et basilique Notre-Dame en une journée, sans conduire. Une visite est déjà au programme de l'étape : cette journée la remplace, elle ne s'y ajoute pas.
Tiqets · prix relevé le 12-08-2026 · lien affilié
2 434 € par personne sur place pour 14 jours, soit 174 € / jour — en 7 étapes, de Montréal à Lac-Saint-Jean. En passant par Cantons-de-l'Est, Québec, Île d'Orléans, Charlevoix, puis Tadoussac et le fjord.
Autres durées : 5 jours · une semaine · 10 jours · toutes les étapes de Québec
Tous les montants de cette page sont par personne et concernent la vie sur place — hébergement, repas, transports, trajets entre étapes, activités. Les billets d'avion ne sont pas compris.
Arrivée à aéroport Montréal — Trudeau (YUL), retour depuis Québec — Jean-Lesage (YQB) — cherche un billet multi-destinations plutôt qu'un aller-retour.
Les billets d'avion ne sont pas comptés dans ce budget : ils dépendent de ta date et de ton aéroport de départ.
J1 → J3 · 3 nuits · 494 € par personne
Ville souterraine, mont Royal et quartiers en mosaïque
Une île francophone de deux millions d'habitants, organisée en quartiers très différents, avec trente-deux kilomètres de galeries souterraines qui permettent de traverser le centre sans sortir en hiver. ⚠️ Les prix affichés sont hors taxes : compter environ 15 % de plus, plus le pourboire au restaurant.
Montréal est une île de deux millions d'habitants organisée en quartiers très marqués, qu'on ne confond pas : le Vieux-Montréal et ses pavés, le Plateau et ses escaliers extérieurs en colimaçon, le Mile End et ses bagels, Little Italy et son marché. On passe de l'un à l'autre en métro ou à vélo — la ville a l'un des réseaux cyclables les plus développés d'Amérique du Nord.
Sa singularité est souterraine : trente-deux kilomètres de galeries relient stations de métro, centres commerciaux, universités et immeubles de bureaux, ce qui permet de traverser le centre-ville sans sortir. ⚠️ Ce n'est pas une curiosité mais une nécessité quatre mois par an — les hivers descendent régulièrement sous les vingt degrés négatifs, avec un ressenti bien inférieur au vent.
⚠️ Les prix affichés sont toujours hors taxes, ce qui surprend systématiquement les visiteurs français : il faut ajouter environ quinze pour cent au moment de payer, puis le pourboire au restaurant et dans les bars, de quinze à vingt pour cent, qui n'est pas facultatif et fait partie du salaire du personnel. L'addition réelle est donc supérieure d'un tiers environ à la carte. C'est la principale cause de dérapage budgétaire d'un séjour au Québec. Le mont Royal, colline au centre de l'île, offre le belvédère et la meilleure vue sur le centre.
À table
La montagne n'est pas un volcan, contrairement à ce qu'on raconte : c'est une masse de magma figée en profondeur il y a très longtemps, que l'érosion a dégagée parce qu'elle résistait mieux que la roche autour. Elle commande encore la ville : un règlement interdit de bâtir plus haut que son sommet, et c'est pour cela que la silhouette du centre-ville s'arrête net.
Le belvédère porte le nom de Kondiaronk, chef wendat et négociateur principal de la Grande Paix de Montréal, signée en 1701 entre la France et une quarantaine de nations autochtones. Il a plaidé pendant les pourparlers, est mort de maladie avant la signature, et a été enterré avec les honneurs par ceux-là mêmes qu'il avait réunis. La croix allumée au-dessus, elle, rappelle un vœu de Maisonneuve en 1643 ; celle qu'on voit date des années 1920.
Deux façons de monter : l'escalier depuis la rue Peel, raide et interminable, ou le chemin Olmsted, un lacet de gravier tracé en pente douce pour que les chevaux puissent le gravir au pas. Le second est beaucoup plus long et beaucoup plus agréable. L'hiver, tout cela est verglacé : les crampons à chaussures se vendent partout et servent vraiment.
Le bagel de Montréal n'est pas celui de New York : roulé à la main, pas de sel dans la pâte, pochage dans une eau miellée, puis cuisson dans un four à bois dont les flammes lèchent la pierre. Il en sort plus petit, plus dense, plus sucré, avec un trou large. Les deux maisons rivales du Mile End tiennent chacune leur rue à quelques minutes l'une de l'autre, et leurs fours ne s'arrêtent jamais, ni la nuit ni le jour de Noël.
Le quartier a nourri deux voisins célèbres : Mordecai Richler, qui a installé ses romans dans les rues juives ouvrières autour de Saint-Urbain, et Leonard Cohen, qui a gardé jusqu'à sa mort une maison sans prétention près du parc du Portugal, à deux pas des mêmes fours. Une communauté hassidique vit toujours dans le secteur, chapeau et papillotes, à côté des friperies et des cafés.
Ces bagels ne contiennent aucun conservateur : achetés tièdes le matin, ils sont durs le soir. On les prend par douzaine, on en mange sur le trottoir, on congèle le reste. Et l'hiver, les fameux escaliers extérieurs en colimaçon deviennent des toboggans — on les descend en tenant la rampe, sérieusement.
L'architecte de Notre-Dame, James O'Donnell, était un Irlandais protestant venu de New York. Il s'est converti au catholicisme sur son lit de mort pour pouvoir être inhumé dans son église : il est le seul à y reposer, sous la nef. L'intérieur bleu nuit qu'on vient voir n'est pas de lui — il a été refait une quarantaine d'années plus tard par Victor Bourgeau, qui a couvert le bois de dorures et d'étoiles.
Derrière le chœur, la chapelle du Sacré-Cœur a été détruite par un incendie criminel en 1978. On l'a rebâtie à l'identique dans sa partie basse, mais le retable a été remplacé par une immense sculpture de bronze contemporaine : le choc entre les deux époques est frontal, et c'est là que se célèbrent les mariages.
La visite est payante, sauf pour assister à un office — auquel il faut alors réellement assister, pas déambuler. Le soir, un spectacle de lumière projeté sur les voûtes remplit la nef. Juste à côté, sur la place d'Armes, le séminaire des Sulpiciens est le plus vieux bâtiment de Montréal encore debout, et son horloge de façade compte parmi les plus anciennes du continent.
Le canal a été creusé au XIXᵉ siècle pour contourner les rapides de Lachine, infranchissables, qui bloquaient la navigation vers les Grands Lacs — ce sont eux qui expliquent l'existence même de Montréal, la ville s'étant fondée à l'endroit où il fallait décharger. Il a été le berceau de l'industrialisation canadienne, bordé de minoteries, de sucreries et d'usines textiles alimentées par la force hydraulique.
Il a fermé à la navigation commerciale dans les années 1970, après l'ouverture de la voie maritime du Saint-Laurent, et le quartier ouvrier autour s'est effondré. La reconversion en piste cyclable et en espace vert, puis la transformation des silos et des minoteries en logements, ont fait de la friche l'une des promenades les plus fréquentées de la ville.
La piste court sur une quinzaine de kilomètres du Vieux-Port au lac Saint-Louis, à plat, en site propre, en longeant les écluses remises en service pour la plaisance. ⚠️ Elle est saturée le dimanche d'été, partagée entre cyclistes rapides, familles et patineurs. Le marché Atwater, à mi-parcours, est l'arrêt naturel — et l'hiver, une partie du canal gèle et se patine.
L'île Notre-Dame n'existait pas. Elle a été fabriquée de toutes pièces pour l'Exposition universelle de 1967, avec la roche extraite des tunnels du métro qu'on creusait au même moment, et l'île Sainte-Hélène, voisine et naturelle, a été agrandie de la même manière. Deux immenses remblais posés au milieu du Saint-Laurent, en quelques mois.
La sphère de Buckminster Fuller était le pavillon des États-Unis, et un monorail la traversait de part en part. En 1976, pendant des travaux, l'enveloppe d'acrylique a pris feu et a disparu très vite, sans que la résille d'acier ne cède. On a laissé le squelette tel quel pendant des années avant d'y installer un musée de l'environnement — et le bâtiment y a gagné.
Sur l'île Notre-Dame, le circuit Gilles-Villeneuve accueille le Grand Prix quelques jours par an ; le reste du temps, c'est une piste goudronnée ouverte aux vélos, aux patins à roulettes et aux coureurs, sans voitures. Au bout, un mur de béton porte la mention Bienvenue au Québec : on l'appelle le mur des Champions depuis qu'en 1999 trois champions du monde s'y sont plantés le même jour. Le métro dessert l'île directement.
Le marché est couvert mais ouvert à tous les vents, planté au milieu de la Petite Italie, et il change complètement de visage selon la saison : montagnes de blé d'Inde — le maïs, ici — en août, courges et citrouilles en octobre, cabanes chauffées et sapins en décembre. Un commerce à l'intérieur ne vend que des produits québécois, ce qui en fait le raccourci le plus efficace du voyage.
Le sirop d'érable y est classé par couleur et par goût : doré au goût délicat, ambré au goût riche, foncé au goût robuste, très foncé au goût prononcé. Ce n'est pas une échelle de qualité, contrairement à ce que l'ancien classement laissait croire — tous sont de catégorie A. La couleur dit le moment de la récolte : la sève du début de saison donne le sirop clair et fin, celle de la fin donne le sirop sombre, celui qu'on utilise en cuisine.
Chercher aussi le fromage en grains, dit skouic-skouic parce qu'il couine sous la dent. C'est le fromage frais de la poutine, et il ne couine que le jour même : réfrigéré, il perd son bruit et sa raison d'être. Les marchands affichent la date de fabrication, ce qui est tout l'enjeu.
En option — non compris dans le budget ci-dessus
2 h · Montréal
Vieux-Montréal et basilique Notre-Dame en une journée, sans conduire. Une visite est déjà au programme de l'étape : cette journée la remplace, elle ne s'y ajoute pas.
Tiqets · prix relevé le 12-08-2026 · lien affilié
10 h · en anglais · Montréal
Montagnes Laurentiennes et Mont-Tremblant en une journée, sans conduire.
Tiqets · prix relevé le 12-08-2026 · lien affilié
63 € hébergement · 48 € repas · 24 € transport, par jour et par personne · hébergement retenu : Hôtel du Quartier des spectacles, 125 € la nuit.
J4 → J5 · 2 nuits · 315 € par personne
Lacs, vignobles et villages loyalistes
Une région de lacs et de collines au sud de Montréal, peuplée à l'origine par des loyalistes venus des États-Unis — d'où les villages à l'anglaise et les granges rondes. On y vient pour la route des vins et les parcs. ⚠️ Tout se fait en voiture : le transport public y est inexistant.
Les Cantons-de-l'Est sont une région de lacs et de collines au sud de Montréal, contre la frontière américaine, et leur physionomie s'explique par leur peuplement : ce sont des loyalistes venus des États-Unis après l'indépendance américaine qui s'y sont installés, d'où des villages à l'anglaise, des maisons de bois blanches, des granges rondes et des noms comme North Hatley ou Knowlton. La région s'est francisée ensuite, mais le bâti est resté.
On y vient pour la route des vins de Brome-Missisquoi, l'une des rares régions viticoles du Québec — les vignes y passent l'hiver sous des toiles ou buttées de terre pour survivre au gel — et pour les parcs nationaux, dont le mont Orford. L'abbaye de Saint-Benoît-du-Lac, bâtie par les bénédictins au bord du lac Memphrémagog, produit fromages et cidres et donne des offices en chant grégorien.
⚠️ Tout s'y fait en voiture : il n'y a pratiquement aucun transport public entre les villages, et les distances sont réelles. L'Astrolab du mont Mégantic, plus à l'est, se trouve dans la première réserve internationale de ciel étoilé jamais créée, où l'éclairage public de toute la région a été modifié — les soirées d'observation se réservent et sont annulées par temps couvert. ⚠️ La saison des couleurs, fin septembre et début octobre, remplit tous les hébergements de la région.
À table
Les moines sont arrivés de Normandie. Chassés de l'abbaye de Saint-Wandrille par les lois françaises de séparation du début du siècle, des bénédictins se sont installés sur cette presqu'île en 1912. Le chantier a été confié à l'un d'eux, dom Paul Bellot, architecte avant d'être moine, qui a joué de la brique jaune, rouge et noire en damiers et monté des arcs paraboliques que rien d'autre au Québec ne ressemble. Il est mort ici et y est enterré.
La communauté vit de ce qu'elle produit. Son bleu, L'Ermite, est l'un des tout premiers fromages persillés fabriqués au Québec, et il est affiné sur place depuis les années 1940 ; le verger fournit le cidre. C'est une abbaye en activité, pas un monument : le cloître ne se visite pas, l'église est ouverte pour les offices et le silence y est de règle.
Le magasin de l'abbaye est le seul endroit où l'on trouve toute la gamme, et il ferme pendant les offices. L'hôtellerie accueille des retraitants, qui viennent pour le chant et non pour le paysage. Le lac Memphrémagog, en contrebas, a un pied au Vermont et sa propre légende : un serpent de lac appelé Memphré, signalé depuis le XIXᵉ siècle.
Premier piège de vocabulaire : au Québec, un parc national n'est pas forcément fédéral. La province a rebaptisé ainsi ses propres parcs, gérés par la SEPAQ, une société d'État qui n'a rien à voir avec Parcs Canada. Les droits d'accès, les cartes annuelles et les réservations des deux réseaux ne sont pas interchangeables, et c'est la confusion la plus fréquente du voyage.
Le parc abrite depuis 1951 une académie de musique installée en pleine forêt : des pavillons de bois et de béton où des jeunes musiciens venus du monde entier travaillent tout l'été, une salle de concert au milieu des arbres, et des répétitions qu'on entend depuis les sentiers. Les concerts sont ouverts au public.
Le mont Orford est aussi une station de ski, ce qui veut dire une télécabine qui fonctionne hors saison pour les couleurs d'automne — la montée sans l'effort, pour ceux qui ne feront pas le mont Chauve. Deux avertissements : le pic des couleurs arrive plus tôt qu'on ne le croit et ne dure qu'une poignée de jours, et la fin du printemps appartient aux mouches noires, minuscules, silencieuses, qui piquent au cuir chevelu et au poignet.
Le paysage est découpé autrement que le reste du Québec, et cela se voit depuis la voiture. Ailleurs, le régime seigneurial français a taillé des rubans étroits perpendiculaires au fleuve ; ici, les arpenteurs britanniques ont posé des cantons rectangulaires sur une grille. D'où des routes droites, des fermes isolées au milieu de leurs champs, un cimetière anglican et une pelouse commune à chaque village.
North Hatley doit sa rangée de grandes maisons de bois à une clientèle inattendue : des familles fortunées du Sud des États-Unis, venues fuir la chaleur après la guerre de Sécession. L'une d'elles, un homme d'Atlanta, s'est fait construire au bord du lac une demeure à colonnes directement inspirée de Mount Vernon, la maison de Washington ; elle est devenue un hôtel. À Knowlton, le musée du comté de Brome conserve un chasseur allemand de la Première Guerre mondiale, un Fokker, arrivé là comme prise de guerre.
C'est la région la plus anglophone du Québec, et l'on y bascule d'une langue à l'autre sans y penser. Hors saison, beaucoup de boutiques et de tables ferment en début de semaine, et les fins de semaine d'automne, la route des couleurs se transforme en file.
Deux observatoires cohabitent sur le sommet. Celui des universités, avec un télescope de 1,6 mètre sous sa coupole blanche, travaille pour les astronomes ; l'observatoire populaire, à côté, est celui où l'on vous met l'œil dans l'oculaire. L'ASTROLab, au pied de la montagne, sert de centre d'accueil et de salle de projection quand le ciel se couvre.
La réserve de ciel étoilé n'est pas née d'une intention poétique mais d'un problème de mesure : la lueur de Sherbrooke montait sur le télescope et abîmait les données. Plutôt que de déménager l'observatoire, la région a remplacé son éclairage public — luminaires rabattus vers le sol, lumière ambrée, extinction nocturne — sur des dizaines de kilomètres à la ronde. La démarche a été copiée depuis dans le monde entier.
Ce qui compte pour réussir sa soirée, c'est la lune autant que la météo : à pleine lune, la Voie lactée disparaît, et aucune réservation n'y changera rien. Le sommet est nettement plus froid et plus venté que la vallée, même en juillet. Sur place, on éteint les phares, les écrans et les lampes blanches : seule la lumière rouge est tolérée, parce que l'œil met un long moment à se réhabituer au noir.
58 € hébergement · 44 € repas · 24 € transport, par jour et par personne · hébergement retenu : Auberge de campagne au bord du lac, 115 € la nuit.
J6 → J7 · 2 nuits · 345.5 € par personne
La seule ville fortifiée au nord du Mexique
La seule ville fortifiée au nord du Mexique, avec un cœur historique de quatre kilomètres carrés entièrement classé. Elle se parcourt à pied, entre haute et basse ville reliées par un funiculaire et un escalier. ⚠️ En hiver elle est magnifique et glaciale : −20 °C en janvier n'a rien d'exceptionnel.
Québec est la seule ville fortifiée au nord du Mexique, et ses remparts sont complets : quatre kilomètres et demi de murs, des portes et une citadelle en étoile encore occupée par un régiment. Le Vieux-Québec est classé par l'Unesco dans son intégralité et se parcourt entièrement à pied, ce qui en fait une étape d'une échelle très différente de Montréal.
La ville est en deux niveaux. La haute ville, sur le cap Diamant, porte le Château Frontenac et la terrasse Dufferin qui domine le fleuve de soixante mètres ; la basse ville, au pied, garde le quartier du Petit-Champlain et la place Royale, où la Nouvelle-France a commencé en 1608. Un funiculaire et un escalier appelé l'escalier Casse-Cou relient les deux.
⚠️ L'hiver y est magnifique et rigoureux : moins vingt degrés en janvier n'a rien d'exceptionnel, et le ressenti avec le vent du fleuve descend bien plus bas. Cela exige un équipement que peu de visiteurs européens possèdent — manteau vraiment chaud, bonnet, gants, chaussures à semelle crantée pour la glace. En échange, le Carnaval en février et l'Hôtel de Glace sont des expériences uniques. La chute Montmorency, à quinze minutes, est plus haute que celle du Niagara et gèle en une masse qu'on escalade en hiver.
À table
Les portes qu'on franchit ne sont pas celles des militaires. Au XIXᵉ siècle, les remparts gênaient la circulation et la ville voulait les abattre ; c'est un gouverneur général, lord Dufferin, qui s'y est opposé et a imposé un compromis : on conservait les murs, mais on remplaçait les portes par des ouvrages plus larges et plus pittoresques, tourelles et créneaux compris. Les portes Saint-Louis et Kent sont donc des reconstructions victoriennes assumées.
Sous les planches de la terrasse dort le château Saint-Louis, résidence des gouverneurs français puis britanniques, incendié en 1834 et enfoui sous les remblais. Il a été fouillé au début des années 2000 et l'on descend aujourd'hui dans ses caves voûtées, sous les promeneurs. L'hiver, une glissade de bois lancée sur la terrasse expédie des toboggans à toute allure vers le fleuve, comme au temps de Dufferin.
Le quartier Petit-Champlain se remplit d'un coup quand un paquebot accoste, et l'automne est la haute saison des croisières : on gagne beaucoup à y descendre tôt le matin. Les rues sont pavées et en pente forte — de vraies chaussures changent la journée.
Le bâtiment de Moshe Safdie a été glissé entre des maisons anciennes de la basse-ville, qu'il a englobées plutôt que rasées : une maison de pierre du XVIIIᵉ siècle et une ancienne banque font partie du musée. Pendant le creusement des fondations, les archéologues sont tombés sur une barque à fond plat du XVIIIᵉ siècle enfouie dans la grève d'alors. Elle est restée où on l'a trouvée, sous le musée, et se voit en place.
L'exposition sur les Premiers Peuples a été conçue avec les nations elles-mêmes — dix Premières Nations et les Inuit — et c'est ce qui la distingue de tout ce qu'on a vu ailleurs : les objets y sont commentés par les mots des communautés, au présent, et pas par un conservateur parlant d'un monde révolu. Le reste de la programmation tourne, et le musée a la réputation de ne jamais rater ses expositions temporaires.
On est en basse-ville, à quelques rues de la place Royale et du quartier Petit-Champlain : les trois se font dans la même sortie. Pour remonter vers le Château Frontenac ensuite, prendre le funiculaire plutôt que l'escalier Casse-Cou, qui porte très bien son nom.
La maison blanche qui domine la chute a un passé encombrant : le duc de Kent, fils de George III et futur père de la reine Victoria, y a vécu au début des années 1790 avec sa compagne française. Le bâtiment a brûlé en 1993 et a été rebâti dans le même dessin ; il abrite aujourd'hui restaurant et boutique, et c'est de sa terrasse qu'on prend la chute de face.
L'hiver change tout. Les embruns gèlent en retombant et bâtissent au pied de la cascade un cône de glace haut de plusieurs dizaines de mètres, que les Québécois appellent le pain de sucre : on l'escaladait et on s'en laissait glisser au XIXᵉ siècle, et les parois gelées attirent aujourd'hui les grimpeurs sur glace. C'est aussi ici que Wolfe a échoué face à Montcalm, à l'été 1759, quelques semaines avant de l'emporter sur les Plaines.
Le site a deux entrées, une en haut près du manoir, une en bas près de la voie ferrée, et le stationnement se paie séparément — mieux vaut choisir avant d'arriver. Sur la passerelle qui franchit la crête, on est trempé dès que le vent tourne : ranger l'appareil photo et prévoir un coupe-vent, même par grand soleil.
La citadelle a été bâtie par les Britanniques contre une invasion américaine qui n'est jamais venue, soixante ans après la conquête, sur le point le plus haut du cap Diamant. C'est un ouvrage à la Vauban, fossés et bastions en étoile, à peu près invisible depuis la ville parce qu'il est enterré. Le Royal 22ᵉ Régiment l'occupe toujours : c'est l'unité d'infanterie francophone de l'armée canadienne, que les anglophones ont surnommée les Van Doos en butant sur vingt-deux.
Le nom des Plaines n'a rien de biblique. Il vient d'Abraham Martin, pilote du fleuve et propriétaire du terrain au XVIIᵉ siècle, qui y faisait paître ses bêtes. Le même plateau a servi de décor à un autre épisode : Churchill, Roosevelt et le premier ministre canadien s'y sont retrouvés deux fois pendant la Seconde Guerre mondiale, à la citadelle et au Château Frontenac, pour préparer le débarquement.
La citadelle ne se visite qu'accompagné, base militaire oblige, et la relève de la garde n'a lieu qu'en été, par beau temps. Les Plaines, elles, sont un parc ouvert et gratuit, bien plus vaste qu'il n'y paraît, avec ses tours Martello. En juillet, le festival d'été en occupe une partie et referme les accès.
En option — non compris dans le budget ci-dessus
1 h 30 · Québec
Chute Montmorency et téléphérique en une journée, sans conduire. Une visite est déjà au programme de l'étape : cette journée la remplace, elle ne s'y ajoute pas.
Tiqets · prix relevé le 12-08-2026 · lien affilié
60 € hébergement · 46 € repas · 25 € transport, par jour et par personne · hébergement retenu : Hôtel près des remparts, 120 € la nuit.
J8 · 1 nuit · 144 € par personne
Le Québec d'avant, à vingt minutes de la ville
Une île de soixante-sept kilomètres de tour, à vingt minutes de Québec par un pont, restée agricole : fraises, pommes, cidre de glace et six villages fondés au XVIIᵉ siècle. Elle se fait en une demi-journée de voiture ou une journée de vélo. ⚠️ Ne pas la confondre avec La Nouvelle-Orléans dans les recherches.
L'île d'Orléans est une île agricole de soixante-sept kilomètres de tour, à vingt minutes de Québec par un pont unique, et c'est le Québec d'avant : six villages fondés au XVIIᵉ siècle, des maisons de pierre à toit courbe, des fermes et pratiquement aucun commerce moderne. Elle a été l'un des premiers lieux de peuplement de la Nouvelle-France, et une grande partie des familles québécoises y ont une racine.
Elle se fait en une demi-journée de voiture par le chemin Royal qui en fait le tour, ou en une journée de vélo — ⚠️ avec des côtes plus sérieuses qu'il n'y paraît sur une île réputée plate, et une route sans bande cyclable par endroits. Les six villages s'enchaînent sans qu'on ait besoin de plan.
On y vient surtout pour ce qu'on y mange : fraises en juin, framboises, pommes, cassis, et le cidre de glace, spécialité québécoise obtenue à partir de pommes gelées sur l'arbre ou après récolte, dont plusieurs producteurs de l'île font partie des meilleurs. Les kiosques de bord de route fonctionnent souvent en libre-service avec une boîte pour la monnaie. ⚠️ Attention lors des recherches en ligne : l'Île d'Orléans se confond facilement avec La Nouvelle-Orléans, et les résultats partent en Louisiane. La basilique Sainte-Anne-de-Beaupré, en face sur la rive nord, reçoit un demi-million de pèlerins par an.
À table
Une seule route en fait le tour, le chemin Royal, et elle traverse les six villages sans jamais quitter la vue du fleuve. Le découpage des champs raconte le régime seigneurial : des rubans très étroits et très longs, perpendiculaires à l'eau, pour que chaque famille ait son accès au fleuve — l'unique route de l'époque. Les maisons de ferme, trapues, à toit courbé et à lucarnes, forment le plus bel ensemble de Nouvelle-France encore debout.
Jacques Cartier, en 1535, l'avait baptisée île de Bacchus tant il y avait de vignes sauvages ; le nom a été jugé peu convenable et remplacé par celui du duc d'Orléans. Beaucoup de familles québécoises font remonter leur généalogie à ces quelques centaines de foyers. À Sainte-Famille, l'église du XVIIIᵉ siècle porte deux clochers en façade encadrant un troisième clocheton : on ne voit cela nulle part ailleurs.
Garder Sainte-Pétronille, à la pointe ouest, pour la fin de journée : de là, on a Québec de face et la chute Montmorency en enfilade, avec le soleil dans le dos. À vélo, prévenir : les côtes sont sévères, la route n'a pas d'accotement, et le pont de l'île est un goulot.
L'intérieur est entièrement revêtu de mosaïque : les voûtes de la nef racontent la vie de sainte Anne sur des milliers de mètres carrés, posées tesselle par tesselle par un atelier français au début du XXᵉ siècle, après l'incendie qui avait détruit l'église précédente. À l'entrée, les colonnes disparaissent sous les béquilles, les cannes et les corsets accrochés là par des pèlerins qui disaient n'en avoir plus besoin.
Le sanctuaire est né d'un vœu de marins bretons pris dans la tempête sur le fleuve — sainte Anne étant leur patronne — et d'une guérison : celle d'un homme perclus qui aurait posé les premières pierres de la chapelle en 1658 et se serait relevé. La relique principale, un os d'avant-bras attribué à la sainte, est arrivée de Rome au XXᵉ siècle. Sainte Anne est aussi profondément vénérée par les nations autochtones du Québec, qui viennent en pèlerinage chaque été.
L'entrée est libre, mais c'est un lieu de culte en activité, pas un musée. Attention à la géographie : on est sur la Côte-de-Beaupré, sur la terre ferme, et non sur l'île d'Orléans — à caler sur la route du canyon plutôt que sur le tour de l'île.
56 € hébergement · 44 € repas · 20 € transport, par jour et par personne · hébergement retenu : Gîte dans une maison de ferme, 112 € la nuit.
J9 → J10 · 2 nuits · 323 € par personne
Un cratère de météorite devenu région de peintres
Une région née d'un impact de météorite il y a 400 millions d'années, qui a creusé le cratère où coulent aujourd'hui le fleuve et les montagnes. Les peintres y viennent depuis un siècle. ⚠️ La route 362, dite Route du Fleuve, est plus belle et plus lente que la 138 — prendre la première.
Charlevoix doit sa forme à un événement violent : la chute d'une météorite d'environ deux kilomètres de diamètre il y a quelque quatre cents millions d'années, qui a laissé un cratère de cinquante-six kilomètres. Les montagnes, la baie et la disposition des villages en épousent encore les contours — c'est l'un des rares cratères habités du monde, classé réserve de biosphère.
La région attire les peintres depuis plus d'un siècle, et Baie-Saint-Paul en compte une concentration de galeries inhabituelle pour une ville de sept mille habitants ; c'est aussi là qu'est né le Cirque du Soleil, fondé par des artistes de rue locaux en 1984.
⚠️ Deux routes relient Québec à Charlevoix et elles n'ont rien à voir. La 138 est rapide, à l'intérieur des terres, et sans intérêt. La 362, dite Route du Fleuve, descend et remonte sans arrêt entre les caps, avec le Saint-Laurent en contrebas et des points de vue à chaque virage : elle prend une heure de plus et c'est tout le voyage. Le parc national des Hautes-Gorges-de-la-Rivière-Malbaie abrite les plus hautes parois à l'est des Rocheuses. ⚠️ La région vit au ralenti d'octobre à mai hors stations de ski, et beaucoup de tables et d'hébergements ferment complètement.
À table
La vallée est une entaille : la rivière Malbaie s'est installée dans une fracture de la croûte et coule entre deux murs presque verticaux. L'altitude reste modeste, mais le froid fait ici le travail que fait ailleurs la montagne — en montant, la forêt se rabougrit, passe à la taïga puis à une lande rase de toundra qu'on ne s'attend pas à trouver à cette latitude.
Le sentier vedette porte le nom des draveurs. La drave, c'était le flottage du bois : au printemps, des hommes descendaient la rivière avec les billots, sautaient de tronc en tronc pour défaire les embâcles à la gaffe ou à la dynamite, et se noyaient régulièrement. Le métier a disparu avec le camion, mais il a laissé son vocabulaire, ses chansons et le nom de cette crête.
Les derniers kilomètres d'accès se font sur une route de gravier sinueuse, sans réseau téléphonique : prévenir quelqu'un du programme. Les fins de semaine d'automne — c'est ainsi qu'on dit le week-end ici — le stationnement se remplit très tôt et l'accès peut être contingenté. Enfin, la croisière sur la rivière montre les parois sous un angle que le sentier ne donne jamais : les deux se complètent.
La forme du paysage n'est pas due à l'érosion. Charlevoix est un cratère de météorite d'une cinquantaine de kilomètres de diamètre, creusé il y a des centaines de millions d'années : l'arc de collines qu'on suit en descendant sur Baie-Saint-Paul en est le rebord, et le mont des Éboulements, au centre, le rebond de la croûte. La quasi-totalité de la population de la région vit à l'intérieur de cette cuvette.
Les peintres sont venus pour cette lumière-là, prise entre les collines et l'estuaire : Clarence Gagnon s'y est installé, et des membres du Groupe des Sept, l'école qui a inventé le paysage canadien, y ont planté leur chevalet. Une trentaine de galeries se succèdent dans la rue principale, et la ville tient chaque été un symposium d'art contemporain où les artistes peignent devant le public.
Tout se joue sur la rue Saint-Jean-Baptiste, qu'on fait à pied d'un bout à l'autre. Hors saison, beaucoup de galeries ferment en début de semaine. Et la côte qui descend depuis le plateau est longue et raide : elle se prend au frein moteur, ce que les panneaux rappellent.
Toute la région de Charlevoix occupe un cratère d'impact d'une cinquantaine de kilomètres de diamètre, formé il y a environ quatre cents millions d'années par la chute d'une météorite de plusieurs kilomètres. Les collines rondes qui bordent le fleuve en dessinent le bord relevé, et le fond du cratère est occupé par la vallée où se trouvent les villages — c'est l'un des rares cratères habités au monde, et il est classé réserve de biosphère.
La route 362, dite Route du Fleuve, épouse ce relief : elle monte et descend sans arrêt entre les caps, avec le Saint-Laurent en contrebas à chaque virage. Le fleuve fait ici une vingtaine de kilomètres de large et son eau est devenue salée — c'est déjà un estuaire maritime, avec des marées et des baleines.
⚠️ L'alternative, la route 138, est rapide, à l'intérieur des terres, et sans intérêt : elle fait gagner une heure et fait perdre l'étape. Saint-Joseph-de-la-Rive, en contrebas, abrite une papeterie artisanale et le musée maritime consacré aux goélettes qui desservaient la côte avant la route. Le traversier pour l'Isle-aux-Coudres en part.
L'Économusée est une invention québécoise des années 1990 : un atelier d'artisan qui ouvre son plancher de travail au public et se finance par ses ventes, sans subvention ni mise en scène. On entre chez un fromager, un boulanger, un souffleur de verre pendant qu'il travaille, on regarde, on repart avec le produit. Le réseau a essaimé jusqu'en Europe du Nord, dans les pays nordiques.
La Route des Saveurs relie une quarantaine de ces producteurs à travers la région. Le plus emblématique n'est pas un fromage mais une viande : l'agneau de Charlevoix a été la première appellation d'origine protégée reconnue au Canada, un système directement inspiré des AOP européennes et qui n'existait pas ici avant elle.
Trois précautions de terrain. Les producteurs ferment tôt, souvent au milieu de l'après-midi, et certains ne reçoivent que sur appel — la journée se cale sur eux, pas l'inverse. Une glacière dans le coffre n'est pas un luxe : les fromages au lait cru voyagent mal sur les longues côtes de Charlevoix en plein été. Et acheter au fur et à mesure plutôt qu'au dernier arrêt, car chaque maison ne vend qu'elle-même.
59 € hébergement · 46 € repas · 26 € transport, par jour et par personne · hébergement retenu : Auberge de village avec table, 118 € la nuit.
J11 → J12 · 2 nuits · 369 € par personne
Baleines à l'embouchure et fjord du Saguenay
Le village où le Saguenay rencontre le Saint-Laurent, et où le mélange des eaux attire les baleines de mai à octobre. ⚠️ Les bélugas sont protégés et les bateaux ne peuvent pas les approcher — on les voit mieux depuis la rive de Baie-Sainte-Catherine. Hors saison, tout ferme.
Tadoussac est posé à l'endroit précis où le fjord du Saguenay se jette dans le Saint-Laurent, et c'est cette rencontre qui explique tout : les eaux froides et profondes du fleuve remontent contre le seuil du fjord, ce qui fait affleurer le krill et le plancton en quantité. Les baleines viennent s'y nourrir de mai à octobre — rorquals communs, petits rorquals, baleines à bosse, et parfois des rorquals bleus, les plus grands animaux de la planète.
⚠️ Les bélugas, eux, sont une population résidente et menacée, protégée par la loi : les bateaux n'ont pas le droit de les approcher ni de les poursuivre, et les croisières doivent s'en écarter. On les observe donc mieux depuis la terre, notamment depuis la rive de Baie-Sainte-Catherine ou les belvédères du fjord, avec des jumelles et de la patience — attendre d'une croisière qu'elle en montre serait se tromper d'attente.
Le village lui-même est minuscule et vit entièrement de cette saison. ⚠️ Hors de la période estivale, presque tout ferme : hôtels, restaurants et croisières s'arrêtent en octobre pour ne rouvrir qu'en mai ou juin, et il ne reste guère plus de huit cents habitants. Le fjord du Saguenay, avec les parois du cap Trinité et sa statue Notre-Dame-du-Saguenay, se voit du bateau ou depuis les sentiers du parc national.
À table
Le fond du fleuve explique tout. Un long canyon sous-marin, le chenal Laurentien, remonte de l'Atlantique et vient buter ici sur un seuil peu profond, à la sortie du fjord. L'eau froide et chargée de sels nutritifs est forcée de remonter, le krill et le capelan s'y concentrent, et les grands rorquals viennent y manger.
Le rorqual commun, le plus souvent croisé ici, est le deuxième plus grand animal de la planète après la baleine bleue. Il porte une bizarrerie que rien d'autre dans le règne animal ne partage : sa mâchoire est asymétrique, blanche à droite, sombre à gauche. On pense qu'il tourne autour des bancs toujours du même côté et s'en sert pour les affoler. Chaque individu est identifié à sa nageoire dorsale, et l'équipage sait souvent qui l'on a devant soi.
Il fait bien plus froid sur l'eau qu'au quai, et la marche du bateau ajoute au vent : bonnet et coupe-vent, même en août. Le médicament contre le mal de mer se prend avant d'embarquer, jamais après. Les zodiacs n'acceptent pas les jeunes enfants et imposent une combinaison de flottaison. Enfin, rien n'est garanti : ce sont des animaux sauvages, et une mer plate le matin vaut mieux qu'un beau soleil l'après-midi.
Le sable n'a rien à faire là, et c'est justement l'histoire. À la fin de la dernière glaciation, la mer envahissait la vallée jusqu'à des dizaines de mètres au-dessus du niveau actuel, et une rivière y déversait son delta. Quand le continent, soulagé du poids des glaces, s'est relevé, le delta est resté perché en l'air : ce sont les dunes qu'on dévale aujourd'hui vers le fleuve.
Le village a précédé Québec de huit ans, mais le premier hivernage a tourné au désastre : sur la poignée d'hommes laissés là en 1600 pour tenir le comptoir, le scorbut et le froid en ont emporté la plupart, et les survivants ne le sont que parce que les Innus les ont recueillis. La petite chapelle de bois qui se dresse encore au-dessus de la baie date de 1747 et compte parmi les plus anciennes du continent.
Au sommet des dunes, un observatoire d'oiseaux compte chaque automne le passage des rapaces et des petites chouettes, en migration au-dessus du fleuve — c'est un site connu des ornithologues du monde entier. On aperçoit aussi des baleines depuis là-haut, gratuitement. Redescendre est un jeu d'enfant ; remonter, beaucoup moins, et le sable fin se glisse partout.
L'eau du Saguenay paraît noire, et ce n'est pas une illusion : une couche d'eau douce brunie par les tannins des tourbières flotte sur l'eau de mer, plus lourde et plus froide, sans se mélanger. Le fjord atteint des profondeurs considérables entre ses murs, mais son embouchure est barrée par un seuil peu profond — c'est ce verrou qui concentre la nourriture et fait de Tadoussac ce qu'il est.
La statue du cap Trinité est en pin, sculptée par Louis Jobin, le dernier grand imagier de bois du Québec, puis entièrement gainée de feuilles de plomb pour tenir le climat. Elle est bien plus grande qu'elle n'en a l'air d'en bas, et elle a été hissée en trois sections le long de la paroi, à la corde et à bras d'hommes.
Deux points de vue, deux expériences : le sentier qui monte depuis la baie Éternité arrive à hauteur de la statue, mais c'est depuis l'eau qu'on mesure vraiment l'échelle des parois — la montée est raide et continue, il faut de l'eau. Les bélugas remontent le fjord assez loin, jusqu'aux villages de l'intérieur : on peut en voir sans jamais monter sur un bateau.
Ce sont de petites baleines blanches sans nageoire dorsale, ce qui les rend reconnaissables même de loin : on ne voit pas un aileron mais un dos rond et clair qui roule à la surface. Les jeunes sont gris, et blanchissent en grandissant. Ceux du Saint-Laurent sont un vestige de la dernière glaciation, restés là quand la mer froide s'est retirée vers le nord — les autres populations vivent en Arctique.
On les a longtemps accusés de manger la morue. Dans les années 1920 et 1930, une prime était versée pour chaque béluga tué, et l'on est allé jusqu'à essayer de les bombarder depuis les airs. La chasse n'a été interdite qu'en 1979. La population, qui se comptait autrefois par milliers, n'atteint plus deux mille individus et reste en déclin malgré la protection.
C'est ce qui explique la règle : aucun bateau n'a le droit de les approcher, quatre cents mètres au minimum, et les croisières s'en écartent. La terre est donc le meilleur poste, aux centres d'interprétation de la pointe et aux caps voisins. Le traversier qui franchit l'embouchure du Saguenay est gratuit et passe exactement où ils se nourrissent. Jumelles indispensables.
58 € hébergement · 46 € repas · 28 € transport, par jour et par personne · hébergement retenu : Motel avec vue sur la baie, 115 € la nuit.
J13 → J14 · 2 nuits · 359.5 € par personne
Une mer intérieure, des bleuets et une ville fantôme
Une mer intérieure de mille kilomètres carrés, entourée d'une piste cyclable de deux cent cinquante kilomètres et de plages de sable. C'est le pays du bleuet, qu'on retrouve dans tout ce qui se mange. Val-Jalbert est un village industriel abandonné en 1927, laissé en l'état au pied d'une chute.
Le lac Saint-Jean est une mer intérieure de plus de mille kilomètres carrés, assez vaste pour qu'on n'en voie pas la rive opposée et pour qu'il ait de vraies plages de sable — ce qui surprend à cette latitude. Une piste cyclable de deux cent cinquante kilomètres, la Véloroute des Bleuets, en fait le tour complet et constitue l'un des meilleurs itinéraires cyclables du Canada.
C'est le pays du bleuet, la myrtille sauvage nord-américaine, récoltée en août et déclinée dans à peu près tout ce qui se mange localement — tartes, chocolats, vins, bières. Le surnom des habitants de la région en vient directement. La région a aussi une forte identité culturelle et un accent distinct, dont les Québécois eux-mêmes s'amusent.
Val-Jalbert est le site le plus marquant : un village industriel construit autour d'une usine de pulpe à papier au pied d'une chute de soixante-douze mètres, prospère dans les années 1920, puis abandonné brutalement en 1927 quand l'usine a fermé. Il a été laissé en l'état — maisons vides, école, couvent — puis partiellement restauré, et l'on circule dans ses rues désertes. ⚠️ Le site est saisonnier et ferme l'hiver. Le Zoo sauvage de Saint-Félicien présente la faune boréale dans de vastes enclos que l'on traverse en train grillagé, le visiteur étant enfermé et non l'animal.
À table
Le village a été bâti d'un bloc autour d'une usine de pâte à papier, au pied d'une chute qui la faisait tourner. Il n'a pas été abandonné lentement : quand l'usine a fermé, en 1927, les familles sont parties en quelques mois et tout est resté sur place. On marche donc dans un plan de ville complet — rues, trottoirs de bois, couvent-école, magasin général — dont une partie des maisons a été volontairement laissée à l'état de ruine, sans toit, arbres poussant à l'intérieur.
Cette ville de compagnie était en avance sur son temps : les maisons avaient l'électricité, l'eau courante et les toilettes intérieures quand une bonne part du Québec rural s'éclairait encore à la lampe. L'usine produisait son propre courant, et les ouvriers en profitaient — c'est ce contraste entre le confort d'alors et l'abandon soudain qui rend le lieu troublant.
Un trolley circule dans le village pour ceux qui ne veulent pas tout faire à pied, et un téléphérique monte au-dessus de la chute, d'où l'on domine l'ensemble. Certaines maisons restaurées et le couvent se louent pour la nuit : dormir dans le village après la fermeture est une expérience à part. Le site ferme pour l'hiver.
Mashteuiatsh n'est pas un site mais un village habité, le seul de la nation ilnue sur le pourtour du lac. Ses habitants se nomment les Pekuakamiulnuatsh, ceux du lac plat, et parlent une langue, l'innu-aimun, qui n'a rien à voir avec les langues européennes. Le musée est tenu par la communauté depuis les années 1970 — l'un des premiers du Québec dans ce cas — et raconte le territoire, la chasse et les déplacements saisonniers depuis l'intérieur, pas depuis le regard du visiteur.
Métabetchouan, sur l'autre rive, était un poste de traite des fourrures. Toute la région relevait du Domaine du Roi, un monopole commercial qui interdisait la colonisation : pendant deux siècles, on pouvait y échanger des peaux mais pas s'y établir. C'est pourquoi le Lac-Saint-Jean n'a été ouvert aux défricheurs qu'au XIXᵉ siècle, très tard à l'échelle québécoise.
Un mot sur le vocabulaire : amérindien est en train de disparaître de l'usage québécois au profit de Premières Nations et d'Autochtones, même si certaines institutions ont gardé leur nom d'origine. Et l'on visite un village où les gens vivent : les maisons et les personnes ne se photographient pas.
Le lac Saint-Jean couvre environ mille kilomètres carrés, ce qui est assez pour qu'on n'en voie pas la rive opposée et pour qu'il ait de vraies plages de sable et des vagues — on s'y baigne en été, l'eau atteignant des températures confortables, ce qui surprend à cette latitude. Il occupe lui aussi une dépression liée à une structure géologique ancienne.
La véloroute en fait le tour complet sur plus de deux cent cinquante kilomètres, en site propre sur une grande partie, avec des haltes, des services de transport de bagages et des hébergements adaptés — c'est l'un des grands itinéraires cyclables d'Amérique du Nord, et il se fait en cinq à sept jours ou par tronçons.
Le bleuet, myrtille sauvage nord-américaine, est cultivé et cueilli ici en quantité industrielle et se retrouve dans tout ce qui se mange. ⚠️ L'identification est telle que les habitants de la région se désignent eux-mêmes comme les Bleuets, et le terme n'a rien de péjoratif. La récolte a lieu en août, et c'est le moment où l'on trouve les kiosques de bord de route.
Le principe est simple et il fonctionne : le visiteur monte dans un petit train grillagé qui roule à travers plusieurs centaines d'hectares de forêt boréale, tandis que les animaux vivent dehors, libres de se montrer ou pas. On y croise ours noirs, bisons des bois, orignaux, wapitis et caribous, souvent de loin, parfois à quelques mètres — et c'est la seule visite de zoo où l'on peut rentrer bredouille d'un secteur.
L'établissement fait aussi un travail que les zoos revendiquent souvent et pratiquent rarement. En 2018, les derniers caribous d'une harde de l'Abitibi, devenue trop petite pour survivre seule dans la nature, ont été capturés et confiés à Saint-Félicien, qui les héberge et les fait se reproduire. Le zoo travaille de la même façon sur le bison des bois, sous-espèce qui avait presque disparu.
Le train est ouvert sur les côtés : la pluie entre, les maringouins aussi, et une petite laine est utile même en juillet. Les animaux bougent au frais, tôt le matin et en fin de journée, et se cachent au plus chaud de l'après-midi. La partie à pied, avec les autres espèces, est séparée du circuit en train : compter les deux.
53 € hébergement · 42 € repas · 23 € transport, par jour et par personne · hébergement retenu : Gîte au bord du lac, 105 € la nuit.
2 434 € par personne pour 14 jours, soit 174 € / jour. À deux, 4 868 € au total.
| Poste | Montant | Part |
|---|---|---|
| Hébergement | 821 € | 34 % |
| Repas | 636 € | 26 % |
| Transport sur place | 86 € | 4 % |
| Location de voiture — 14 jours | 546 € | 22 % |
| Carburant et péages | 84 € | 3 % |
| Activités | 261 € | 11 % |
Montants indicatifs, relevés à la main destination par destination. Les billets d'avion ne sont pas compris.
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