Autour du sarcophage du poète s'alignent ceux de sa famille et de ses successeurs, tous surmontés d'un turban de pierre sculpté dont la taille dit le rang du mort. Les vitrines montrent des flûtes de roseau, des instruments, des manuscrits, et une châsse qui contiendrait un poil de la barbe du Prophète. Les visiteurs turcs viennent en famille, s'arrêtent, prient debout, pleurent parfois : ce n'est pas un musée pour eux.
Rûmî n'a pas écrit un vers en turc — son œuvre est en persan, et il était né très loin d'ici, dans l'actuel Afghanistan, avant que sa famille ne fuie l'avancée mongole. Trois pays le revendiquent aujourd'hui. Autre surprise : les vers qu'on lui attribue partout, « viens, qui que tu sois, reviens », ne sont probablement pas de lui mais d'un mystique persan antérieur. Il appelait par ailleurs le jour de sa mort sa nuit de noces : il rejoignait Dieu, il n'y avait pas à le pleurer.
On circule dans un seul sens, le long d'une balustrade, sans pouvoir s'arrêter longtemps. Chaussures retirées ou housses fournies, tête couverte pour les femmes, silence. Photographier les gens en prière est mal vu, même si les photos sont autorisées.